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« Une prière avant l’aube » en Blu-Ray et DVD : un film de prison sec au souffle souterrain prenant

« Une prière avant l’aube » en Blu-Ray et DVD : un film de prison sec au souffle souterrain prenant

14 novembre 2018 | PAR Geoffrey Nabavian

Après avoir cadré la violence en Colombie (dans Carlitos Medellin) puis dans une part de l’Afrique (avec Johnny Mad Dog), Jean-Stéphane Sauvaire retrace ici la véritable histoire de Billy Moore, jeune boxeur britannique drogué emprisonné en Thaïlande. Loin du mélodramatique, il livre un film qui regarde son sujet à bonne distance, en des scènes sèches où l’émotion se glisse.

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Présenté Hors Compétition à Cannes 2017, dans le cadre d’une Séance de minuit, Une prière avant l’aube est un film au scénario à la forme hachée : peut-être pour mieux coller à l’âme de son personnage principal, jeune boxeur drogué arrêté puis condamné à la prison en Thaïlande. On se trouve en tout cas face à une oeuvre qui ne cherche pas l’identification et l’émotion à tout prix. Adapté du récit écrit par Billy Moore, et réellement vécu, ce film dramatique signé Jean-Stéphane Sauvaire (Carlitos Medellin, Johnny Mad Dog) cadre les lieux gris, ou éclairés par un soleil froid, traversés par son personnage principal, et laisse le temps au spectateur de plonger en eux, le temps de scènes répétitives qui collent au quotidien de Billy, incarcéré. La dureté qui sourd de cet environnement n’est jamais appuyée, et tout aspect mélodrame est évité : l’œil du cinéaste fait son travail, et donne l’occasion de saisir le sujet du film de façon juste.

Un peu de temps est nécessaire pour se laisser happer par les procédés d’Une prière avant l’aube. Mais ils permettent au réalisateur de contourner les pièges et l’aspect déjà-vu inhérents au genre du film de prison. En privilégiant les environnements, et les faits, Jean-Stéphane Sauvaire signe des scènes sèches, où la vie se glisse. Bien sûr, son personnage fait des crises dues au manque de drogue, et bien sûr, il se laisse entraîner dans certains trafics : mais ces situations sont peintes sans insistance, et sans que les faits soient transformés en rouages de scénario.

S’attacher au cadre plus qu’au scénario

Le film se révèle au final marquant pour ce qu’il prend le temps de regarder et de donner à voir : ainsi, on ne connaît pas les noms ou l’histoire de tous les dangereux camarades de cellule du héros (joué par Joe Cole, vu dans la série Peaky Blinders), issus de la criminalité thaïlandaise. Mais on a par contre tout le loisir d’admirer, dans l’ombre (permise par la belle teinte sombre des images), les tatouages qui leur recouvrent le corps, et qui en disent sans doute plus long qu’un flash-back sur l’univers dont ils sont issus. Et un climat d’accalmie vient visiter certaines séquences : lorsque le personnage principal revoit l’une des seules personnes dont il était proche au dehors, l’échange qu’ils ont émeut, par la simplicité avec laquelle il est filmé, qui vient lui donner une belle ampleur.

Au final, après près d’une heure de film, la boxe finit par revenir dans l’existence du personnage principal. On guette alors les scènes d’affrontement ou d’entraînement, au cours desquelles on dénombre assez peu de cuts : la caméra préfère plonger au cœur des coups portés, et filmer leur enchaînement sans précipitation, là où l’action est la plus prenante, et ne surtout pas s’en aller donner à voir des scènes explicatives ou des flash-backs loin de ce ring, pendant le combat. Le corps du héros est ainsi donné à voir longuement, avec la force qu’il dégage comme les blessures qu’il encaisse. Tel cet œil tuméfié qui vient, à lui tout seul, suggérer la violence de cet espace d’affrontement, où le sport de combat est poussé jusqu’à son point culminant… Le nouveau visuel du film, produit pour sa sortie en Blu-Ray et DVD, chez Wild Side (disponible dans ces formats, et en VOD, depuis le 7 novembre), choisit d’ailleurs de mettre ce corps en pleine lumière. A la différence de l’affiche créée pour la sortie en salles, qui évoquait davantage les tatouages tracés en prison sur le corps de Billy, opérations qui s’accompagnent, dans le film, de scènes de prière…

Visuels : Une prière avant l’aube © Wild Bunch Distribution

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale.Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub.Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival.CONTACT : geoffrey.nabavian@free.fr / https://twitter.com/geoffreynabavia

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