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[Critique] « L’odeur de la mandarine » : traiter du sexe avec délicatesse

[Critique] « L’odeur de la mandarine » : traiter du sexe avec délicatesse

15 septembre 2015 | PAR Matthias Turcaud

Pendant l’été 1918, Charles, un officier de cavalerie qui a laissé une jambe à la guerre prend à son service Angèle, une jeune veuve, chargée de s’occuper de lui comme infirmière. Une bonne entente règne entre eux, et bientôt, Charles demande la main d’Angèle …

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A partir d’un sujet difficile – les amours d’un mutilé et d’une veuve de guerre -, le réalisateur Gilles Legrand et son scénariste Guillaume Laurent ont tiré, gloire à eux, un film subtil, délicat, finement écrit, reléguant la guerre mondiale en hors champ et en écho lointain pour mieux se resserrer sur la relation complexe, riche et fluctuante qu’entretiennent leurs deux personnages principaux, Charles et Angèle, et dans laquelle se mêlent amitié, amour, complicité, et désir … La présence du sexe se fait de manière progressive, graduelle, via certaines répliques suggestives et bien senties, comme le mot d’une Duchesse, repris par Charles, suite à une remarque sur la fatigue de sa monture : « Et vous, cher ami, dans quel état seriez-vous si vous aviez passé quatre heures entre mes jambes ? »

L’Odeur de la Mandarine parle cependant aussi des genres, de ce que c’est qu’être un homme et de ce que c’est qu’être une femme, et d’un homme fragilisé qui essaye de retrouver sa virilité. Avec Charles et Angèle, la frontière est poreuse : Charles étant un homme diminué, Angèle une femme un peu garçonne et masculine, qui joue au billard, aime rire avec les gens de l’autre sexe et à qui on peut même facilement apprendre à faire des ronds de fumée.

Bien sûr, le film ne serait pas ce qu’il est sans ses deux magnifiques interprètes : le toujours impérial Olivier Gourmet et l’éblouissante Georgia Scalliet, sociétaire de la Comédie Française, qui fait ici sa première apparition à l’écran et qui se révèle d’un naturel proprement désarmant. Notons aussi une mise en images très soignée qui vient servir comme il se doit toute la délicatesse du film. Un seul bémol serait la musique, un peu envahissante parfois, mais qui ne vient en rien entraver la qualité et la beauté de cette Odeur de la mandarine, qui parvient à réussir la gageure de parler de manière frontale de sexualité sans jamais sombrer dans la vulgarité.


L’Odeur de la Mandarine, un film de Gilles Legrand, avec Olivier Gourmet et Georgia Scalliet, Metropolitan Film Export, 1h50, sortie le 30 septembre 2015.

[Interview] Gilles Legrand et Olivier Gourmet, « L’odeur de la mandarine »
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Matthias Turcaud
Titulaire d'une licence en cinéma, d'une autre en lettres modernes ainsi que d'un Master I en littérature allemande, Matthias, bilingue franco-allemand, est actuellement en Master de Littérature française à Strasbourg. Egalement comédien, traducteur ou encore animateur fougueux de blind tests, il court plusieurs lièvres à la fois. Sur Toute La Culture, il écrit, depuis janvier 2015, principalement en cinéma, théâtre, ponctuellement sur des restaurants, etc. Contact : [email protected]

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