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[Critique] « Good kill » : les drones, et les hommes que la guerre faisait vibrer

[Critique] « Good kill » : les drones, et les hommes que la guerre faisait vibrer

24 mars 2015 | PAR Geoffrey Nabavian

Retour gagnant pour Andrew Niccol : accroché à ses éternelles obsessions, il livre un film sur les évolutions de la guerre. Juste, tendu, bien écrit et remarquablement interprété.

[rating=4]

De Bienvenue à Gattaca à Time out, en passant par The Truman Show (dont il fut scénariste), Andrew Niccol a poursuivi l’édification d’une œuvre cohérente, donnant à voir des hommes otages de forces devenues incontrôlables. Des techniques ou des données abstraites, conçues par eux… Son nouvel objet ? les drones. Beaucoup utilisés par les américains lors de la guerre en Afghanistan. Notre réalisateur allait-il simplement nous dire qu’ils rendent les soldats fous ? S’il n’y manque pas, il a choisi de pousser la réflexion plus loin.

Car Good kill (« Dans le mille ») est un film mélancolique. Sobre. Très humain. Un film qui montre une guerre sans bruits d’explosion, sans effusions de sang. Un conflit où les cibles sont réduites à l’état de pixels enregistrés par une caméra. De quasi fourmis. Observées et éliminées par des militaires qui regrettent de ne plus se battre au corps-à-corps. De ne plus affronter l’ennemi d’homme à homme. De devoir se soumettre à des exigences de rapidité, et de prévention, qui les obligent à ne plus épargner les civils… Pour qui, pour quoi faire la guerre, désormais, en tant que chef militaire ?

Good killBien sûr que les soldats décrits – une unité de cinq personnes – sont humanisés. Ils sont le sujet du film. Chacun réagit cependant différemment, afin que le scénario n’ait pas qu’une direction. Le plus déchiré étant bien entendu joué par un acteur qu’on est heureux de retrouver : Ethan Hawke. Ridé, carré, il incarne, en finesse, le commandant Thomas Egan, ancien pilote rongé par la douleur. Il nous emporte, de toute la force de son regard embué et de son physique d’homme parfaitement ordinaire, juste un peu beau gosse. De tout son talent, qui lui a toujours permis d’apporter une qualité rare aux personnages : l’humanité.

Que dire d’autre sinon que le décor choisi amène une dimension supplémentaire au film (nos soldats qui n’en sont plus ont été installés par le gouvernement… à côté de Las Vegas) ? Que la mise en scène le cadre admirablement ? Que January Jones, qui joue l’épouse d’Ethan Hawke, soutien superbement ses humeurs dépressives ? Que Bruce Greenwood (le supérieur Johns) donne beaucoup d’épaisseur à son personnage ? Que les ordres de la CIA, reçus par haut-parleur de téléphone interposé, impriment aux scènes une tension digne des grands huis-clos ?… Peut-être pas une grande œuvre – sa fin manque un peu de surprise – Good kill est néanmoins un bon film, qui considère la guerre et les militaires sous un angle pas si fréquent. Et nous rend ces derniers proches, dans leurs qualités, leurs défauts, leur douleur… Leur humanité. Confrontée à une machine absurde.

Good kill, un film d’Andrew Niccol. Avec Ethan Hawke, Bruce Greenwood, January Jones, Zoë Kravitz, Jake Abel, Ryan Montano. Drame américain. Durée : 1h44. Sortie le 22 avril.

Visuels : © La Belle Company

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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