Cinema
Critique : Donnant donnant, du Mergault tout craché

Critique : Donnant donnant, du Mergault tout craché

23 septembre 2010 | PAR Gilles Herail

Pour son troisième long métrage, Isabelle Mergault confirme sa place de réalisatrice qui compte dans le cinéma français. Son humour et ses dialogues ciselés font une nouvelle fois mouche dans un film plus ambitieux qu’il n’y parait. Une jolie comédie qui devrait rencontrer son public dès sa sortie le 6 octobre prochain.

Synopsis : « évadé de prison et recherché par toutes les polices, Constant Billot trouve refuge sur une péniche abandonnée. Silvia, une jeune habitante de ce coin perdu qu’elle rêve de quitter découvre l’homme traqué. Elle lui propose un implacable marché : Constant doit tuer Jeanne sa mère adoptive, sinon elle le dénonce à la police. C’est donnant donnant ! »

Le cas Isabelle Mergault reste aujourd’hui un mystère. Abonnée aux petits seconds rôles dans les années 80, l’actrice a pourtant toujours joui d’une très forte popularité auprès du public. Ce n’est qu’en 2005 qu’elle rencontre un véritable succès personnel, sous la casquette de réalisatrice. Premier film mettant à l’affiche Michel Blanc et Medeea Marinescu, Je vous trouve très beau attire 3,6 millions de curieux. Ce triomphe improbable avait pourtant été peu apprécié (avec raison) par la critique qui regrettait sa trop grande mièvrerie. En 2008, rebelote avec Enfin veuve qui réunit plus de 2 millions de spectateurs. Deux succès pour deux sujets pas évidents : un agriculteur solitaire qui « recrute » une femme venant d’un pays de l’Est et une Michelle Laroque qui se réjouit de la mort de son mari pour pouvoir vivre pleinement son amour extraconjugal. On y retrouve des ingrédients similaires: un cadre provincial, un humour très dialogué qui joue sur les décalages et des intrigues sentimentales assez naïves. Les mêmes qualités et les mêmes défauts: un comique efficace qui ne brosse pas dans le sens du poil/ une réalisation un peu plan plan qui ne sait comment gérer des scènes parfois à l’eau de rose.

Donnant donnant s’inscrit pleinement dans cette filmographie naissante à la qualité croissante. Les notes d’intention dans le dossier de presse rappellent pourtant qu’Isabelle Mergault continue à s’excuser d’être passée derrière la caméra. Sans parler de qualités exceptionnelles de mise en image, Mergault a pourtant bien progressé depuis son premier film. Donnant donnant s’autorise quelques plans bien pensés, voire franchement esthétiques. Les scènes de l »évasion de nuit du personnage incarné par Daniel Auteuil, au volant d’une voiture amarrée sur un train de transport ou de Sabine Azéma jouant de l’accordéon sur le pont reflètent une envie de plus en plus grande de faire du cinéma. Les décors sont aussi plus nombreux, quittant de brefs instants la campagne et la petite ville pour les rues parisiennes. Daniel Auteuil, Sabine Azéma, et Medeea Marinescu naviguent avec un réel plaisir dans un scénario plus moderne qu’il n’y parait. Il y est en effet question de tolérance, de préjugés, de relation mère/fille, d’argent, de reconnaissance, d’ennui et bien sur d’amour. Certainement mieux réalisé et plus efficace dans sa construction, Donnant donnant reste avant tout une excellente comédie basée sur des seconds rôles volontairement très caricaturaux et des répliques inventives. Le comique n’est pas toujours très fin mais les élucubrations d’un Daniel Auteuil post AVC qui n’arrive plus à parler normalement et une Sabine Azéma illuminée comme jamais arrivent à faire sourire pendant 1h40.

En trois films, Isabelle Mergault a réussi à se faire un Nom. On n’ira pas voir un film avec Daniel Auteuil mais bien le nouvel opus de l’auteur de je vous trouve très beau. Souvent traitée avec mépris par la critique pour son attachement à la campagne et aux histoires d’amour, Isabelle Mergault se situe pourtant à mille lieues du très vieillot La tête en friche de Jean Becker. Donnant donnant synthétise bien les ambitions de la cinéaste tout en gommant partiellement la niaiserie de son premier opus. Avec cette bonne comédie originale et enlevée, et romantique l’histoire d’amour entre Isabelle Mergault et le public français ne semble donc pas devoir s’arrêter de si tôt.

La bande annonce du film qui sortira le 6 octobre prochain. A Noter la sortie ce mercredi de l’excellent documentaire « Entre nos mains », coup de coeur de laboiteasorties: http://toutelaculture.com/2010/09/critique-de-entre-nos-mains-fieres-et-solidaires/

Gilles Hérail

Les soirées sing me if you can de l’Arc : ivresse et chant entre filles
Le Tokio Hotel va fermer
Gilles Herail

2 thoughts on “Critique : Donnant donnant, du Mergault tout craché”

Commentaire(s)

    Publier un commentaire

    Votre adresse email ne sera pas publiée.

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *