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Critique de “Illégal”: l’impasse des centres de rétention

Critique de “Illégal”: l’impasse des centres de rétention

30 September 2010 | PAR Gilles Herail

Après Welcome qui évoquait le destin d’un jeune clandestin tentant de traverser la Manche, Illégal aborde de manière frontale la situation des clandestins détenus dans les centres de rétention en suivant le parcours d’une femme russe qui va tout faire pour éviter son expulsion et rester auprès de son fils. Gardant une distance salutaire avec son sujet, le réalisateur Olivier Masset-Depasse évite le pathos pour nous offrir un film témoignage très documenté. A voir absolument.

Illégal aborde le cas des clandestins belges mais décrit des situations communes à l’ensemble des pays de l’Union Européenne. Evitant le parti pris et la charge politique, Olivier Masset-Depasse préfère se concentrer sur le parcours humain et la description détaillée des procédures d’expulsion. Sa caméra évite les effets inutiles en restant dans une approche quasi documentaire, des couleurs froides, au plus près de son personnage principal incarnée par Anne Coesens qui est de tous les plans.

Au-delà de la découverte de cet univers des centres de rétention, de leurs règles et des lois qui régissent le système d’expulsion des clandestins vers leurs pays d’origine (quand il est connu), Illégal insiste surtout sur l’attente et l’incertitude des « résidents ». Le réalisateur n’a pas choisi un centre où le manque d’espace, les conditions sanitaires et la vétusté sont les plus honteux. Il souligne cependant avec beaucoup de subtilité la dureté psychologique de l’enfermement avec le cas de cette femme qui se bat pour rester en Belgique et retrouver son enfant qui a pu échapper à l’arrestation.


Dans la législation belge, les clandestins peuvent être détenus plusieurs mois, si les tentatives d’expulsion n’aboutissent pas. L’expulsion nécessite la connaissance de l’identité et de l’origine de la personne concernée : on ne peut pas renvoyer quelqu’un dans un pays qui lui est étranger. Une très grande pression est ainsi exercée sur les clandestins pour obtenir leur origine et ainsi pouvoir lancer la procédure. Même dans ce cas, les expulsions peuvent être un échec : grâce à la mobilisation des passagers de l’avion ou le refus du commandant de bord,  grâce à la résistance de l’expulsé…

La situation décrite est donc celle d’une impasse. Les clandestins tentent de retarder leur expulsion, ne savent pas quand et où ils seront renvoyés et s’ils seront séparés ou nom du reste de leurs familles restées en Belgique. Illégal n’explique pas les raisons pour lesquelles le personnage principal a fui la Russie avec son fils pour éviter de hiérarchiser la dureté des expériences personnelles : le réalisateur ne veut pas juger du pourquoi, mais du comment on force des clandestins à rentrer dans un pays qu’ils ont quitté pour des raisons qui leur sont propres. Malgré une critique très forte du système en place, le manichéisme est souvent évité grâce au portrait empathique des gardiennes du centre qui sont aussi présentées comme des victimes du système. Certains reprocheront le passage à tabac de l’héroïne vers la fin du film mais la violence se devait aussi d’être décrite, même si elle n’est pas systématique.

Illégal est donc un film passionnant car il aborde un thème finalement peu évoqué au cinéma en se focalisant sur un personnage et sur un lieu principal, le centre de rétention. Assumant son statut d’œuvre de fiction, basée sur une enquête sur le terrain, Illégal réserve aussi quelques scènes jouissives, où le rire communicatif des détenus permet de faire retomber la pression. Le centre réserve aussi des espaces de sociabilité et des liens se créent entre les clandestins, luttant comme ils le peuvent contre l’incertitude quant à leur situation.

Jamais donneur de leçons, le réalisateur réussit donc à tenir son sujet sauf sur la fin, émouvante mais qui semble irréaliste. Le film pose un constat: autant les clandestins que le personnel des centres sont victimes d’un système pernicieux qui ne résout aucune situation. Aux gouvernements et à l’union Européenne de trouver des réponses…

Gilles Hérail

Illégal, un film de Olivier Masset-Depasse, sortie le 13 octobre

30ème anniversaire de l’attentat de la synagogue de la rue Copernic
Désolé pour la moquette, le best of Blier
Gilles Herail

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