Théâtre

Désolé pour la moquette, le best of Blier

30 septembre 2010 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Désolé pour la Moquette est un pièce surprenante et distrayante à voir d’urgence au très chic théâtre Antoine. La gouaille de Bertrand Blier immensément portée par Myriam Boyer détonne brillamment avec le si beau plafond doré. Pour sa seconde expérience théâtrale (les Côtelettes en 1997), Blier signe une satire de la société sublimée par l’humour tragique.

Imaginez une ville où les clodos sont si nombreux que la mairie décide de moquetter les rues. Pratique. Plus de malaise devant les haillons et la puanteur. Le clochard dort confort…mais toujours devant votre porte. Pour commencer, celle d’Annie Duperey, en attente du retour de son mari volage. Dehors, Myriam Boyer joue de sa voix unique pour camper une sans-abri sensible et drôle. Elle est amoureuse de Boris, un clochard…Céleste ( Eblouissant Patrick Préjan) .Mais…Nous sommes invités dans l’univers du cinéaste, et très vite, les classes sociales se brouillent , la rue devient le dedans, les intérieurs disparaissent, et  rien ne se déroule comme prévu.

La pièce est avant tout l’occasion de répliques cultissimes. Trash sans être vulgaires, belles et tristes aussi. Blier a le talent de rendre les gros mots poétiques et la cruauté tendre en donnant à dire à ses comédiens des mots crus et exigeants. Il met en scène comme au cinéma quand Duperey fait l’amour avec un clochard ou quand les personnages développent une hilarante histoire autour du…vomi..si si !

En revanche, on regrettera le travail sur le décor réduit à de grands panneaux laissant découvrir  une ville la nuit. La plupart du temps, le décor n’est pas acteur et semble juste orner la pièce. Egalement, la pertinence de l’utilisation d’une   bande son n’est pas évidente. La musique casse l’émotion  au lieu d’en ajouter. Le monologue final de Myriam Boyer souffre d’un thème jazzy rendant pathétique son histoire familiale tragique .

Cela n’enlève rien à la qualité de jeu exceptionnelle d’une troupe de comédiens formidables. Ils portent les magnifiques et difficiles dialogues avec humour et grâce. Le texte  reste et apporte une vraie envie de révolte. Blier signe un grand texte fédérant les thèmes chers à ses films : la pauvreté, l’amour, les femmes, l’égalité sociale. Le tout est porté par une troupe magistrale. Et en plus…on se marre…que demander de plus ?

Théâtre Antoine, 14 bd de Strasbourg, 75010 Paris.  Du mardi au samedi à 21h. Le samedi à 17h30 et le dimanche à 16h.  Résa au 01 42 08 77 71. De 20 à 50 €.

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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