Cinema
[Compétition] « The Homesman » : dure à cuire contre l’Ouest

[Compétition] « The Homesman » : dure à cuire contre l’Ouest

18 mai 2014 | PAR Geoffrey Nabavian

Ce deuxième film réalisé par Tommy Lee Jones convainc, pas tant au niveau de son image, léchée, propre, sans être trop lisse, que de sa thématique, puissante. La détermination d’Hilary Swank, femme de fer habitant l’Ouest seule et ne pliant pas face à lui, impressionne et émeut. Car elle ouvre sur des paradoxes, et sur une représentation de ce même Ouest pas si courante…

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Où était-elle passée, Hilary Swank ? Deux Oscars plantés dans la peau comme deux balles, pour Boys don’t cry (1999) et Million Dollar Baby (2005), il semble qu’elle se soit retirée… dans les plaines de l’Ouest ! En tout cas, dans The Homesman, elle incarne Mary, une femme gérant seule son exploitation agricole, perdue dans la poussière américaine. Un jour, une mission lui est confiée: emmener à la ville trois épouses de propriétaires du coin, devenues folles. Car un pasteur pourra s’occuper d’elles. C’est la loi : rester debout en étant inflexible, ou plier sous la dureté. Mary a choisi. Mais ce faisant, elle s’interdit d’être séduisante, et partant de trouver un mari…

Le film va la mettre continuellement à l’épreuve: dans son parcours, elle verra partir sa mule favorite – qui porte le nom de sa sœur – offerte aux indiens contre un passage ; elle supportera les cris, les caprices d’évasion ou les coups des trois femmes qu’elle escorte ; pour reboucher la tombe d’une petite fille, elle restera plusieurs jours sur son cheval, perdue dans le froid ; et se verra accueillie à son retour au camp, par l’homme qui l’accompagne sur la route, le « homesman » (« homme sûr, de confiance ») du titre. Avec cette question: « Vous avez rapporté la pelle ? » Elle ne parviendra pas, enfin, à le faire l’épouser, même lors d’une scène de sexe tout sauf romantique…

Un Ouest dur auquel il faut résister, sous peine de devenir folle. Mais à quel prix… Les efforts entrepris par Hilary Swank, très convaincante, et les paradoxes qu’ils apportent, font de la région américaine aride le vrai personnage principal du film. Et quand le « homesman », en pleine rédemption, se met en tête d’effectuer un pèlerinage d’hommage, impossible pour lui, il est rattrapé par les chansons, la boisson, les coups de feu. Pour cette raison, les dernières minutes, où l’absence de triomphe absolue du mâle est constatée, ont tout leur sens. Et le manque d’évolution du personnage de Tommy Lee Jones aussi. L’homme accepte cette réalité, en la laissant l’envahir avec ses mauvais côtés. Gloire à la femme qui résiste, donc.

The Homesman, un film réalisé par Tommy Lee Jones avec Hilary Swank, Tommy Lee Jones, Miranda Otto, Sonja Richter, William Fichtner, John Lithgow, Tim Blake Nelson, James Spader, Meryl Streep. Drame américain, 2h. Produit par EuropaCorp. En salles dès aujourd’hui.

Visuel: © Dawn Jones

Visuel Une: © EuropaCorp Distribution

Voir le dossier Cannes de la rédaction.

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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