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Banlieue is beautiful explose les territoires

Banlieue is beautiful explose les territoires

18 mai 2014 | PAR Bérénice Clerc

Du 16 au 18 mai, les richesses culturelles et artistiques de la banlieue parisienne offrent un moment de grâce dans l’immensité du Palais de Tokyo pour le festival « Banlieue is beautiful.« 

Trois jours, trois jours, la banlieue a (seulement) trois jours, grâce à l’œuvre participative de Monte Laster, pour envahir Paris et faire vibrer le Palais de Tokyo avec son énergie inégalable, sa créativité unique et ses possibles multiples.

Les lieux d’art contemporain, temples des chaussures dépareillées, des looks improbables, moustaches sculptées, robes fendues, franges à demi, semelles rouges, cheveux bicolores, mi courts, mi longs, bijoux xxl, un territoire où l’art explose l’espace et les parisiens hypes pensent inventer une liberté vestimentaire originale souvent partagée par les membres de leur clan.

La banlieue, territoire qui entoure une ville centre, temple des baskets improbables, des looks colorés, tresses et cheveux sculptés, pantalons à pinces pour les soirées, robes lamées, cheveux lissés, bouclés et bijoux xxl, un domaine où l’art explose, le slam déchire l’espace, le rap et les danseurs sont rois et pensent inventer une liberté vestimentaire originale souvent partagée par les membres de leur clan.

Ces deux clans ne se croisent hélas quasiment jamais, peu de ponts entre ses deux rives, le métro peut-être mais le dialogue est compliqué quand la stigmatisation est réciproque.

Drôle d’endroit pour une rencontre le Palais de Tokyo ?

Sus aux clichés, « Banlieue is Beautiful » réussit son Paris, la vie est partout dans le Palais de Tokyo, installations, vidéos, slam, performances, poésie, concerts, débats, rencontres, studio radio, tout est possible, tout est à vivre, l’art opère l’espace, transcende les territoires.

Comme les tours des cités, le Palais de Tokyo est un espace gris, sa grandeur soulève mais sa beauté est à inventer, en bas des tours, les femmes se coiffent, les enfants jouent, grignotent les plats des uns et des autres, la joie demeure, le partage malgré le package.

Entasser des familles dans des tours hideuses, loin de tout était nier leur humanité, les détruire sans les accompagner est encore pire, c’est nier l’existence de leur bonheur, leur vie, leur famille dans cet espace, laid peut-être, mais habité par l’amour.

Quand deux voitures brûlent, pour les journalistes la banlieue s’enflamme, comme une minorité de jeunes sèment le trouble alors la banlieue est peuplée de « kaïra à karschériser ».

Que connaissent les journalistes et certains politiciens de la banlieue ?

Le plaisir du sensationnel, le désir de stigmatiser pour quelques kilomètres de différence ou un grain de peau plus foncé une zone de non droit imaginaire ?

Ont-ils pris le train le matin pour rejoindre Paris ou le soir pour rentrer, collés les un aux autres sur le chemin du travail ou de la famille à faire exister ?

Ont-ils écouté les paroles d’un slam, un rap, frappé dans leurs mains pour une « battle » hip hop ou langagière, écouté la poésie, rencontré les hommes, les femmes, les enfants, les adolescents de banlieue ?

Leur territoire est plein d’art, il faut le voir, aller à la rencontre des banlieusards, apprendre d’eux, partager leur énergie, leur impertinence, échanger et imaginer un autre domaine des possibles.

« Banlieue is beautiful » permet cela, laisser l’art créer la rencontre, se réjouir de voir des familles et des enfants de banlieue courir sans doute pour la première fois dans le Palais de Tokyo, les yeux émerveillés par l’installation gigantesque de Thomas Hirschhorn.

L’envie de revenir, se dire qu’il est possible de fréquenter l’art à Paris sans être spécialiste, partager la culture, créer des rencontres, être en confiance, aimer découvrir de nouvelles propositions créatrices d’émotions, la mission du festival est accomplie.

Trois jours de festival sont bien peu pour montrer aux parisiens toutes les formes artistiques de banlieue, espérons le pont solide et la présence de plus en plus de propositions et de croisements dans des expositions collectives ou inventées par des artistes émergents à Paris ou en banlieue.

L’art rassemble, il décuple le territoire, le grand Paris met du temps à venir au monde, espérons la créativité plus rapide pour décloisonner l’espace.

Pour exploser vos territoires prenez le temps d’écouter Les kids chez Pascale Clark sur France Inter, découvrez le travail du Bondy blog, de Monte Laster et franchissez les barrières du périphérique dans les deux sens !

Infos pratiques

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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