Cinema

Cinéphilie : Vertiges, à la redécouverte de Mauro Bolognini

22 juillet 2010 | PAR Yaël Hirsch

Ce mois de juillet, Carlotta Film sort 3 dvd du réalisateur italien Mauro Bolognini (1922-2001). Souvent considéré comme un sous-Visconti, Bolognini s’est spécialisé dans l’adaptation littéraire, et la perfection formelle. Un cinéma à redécouvrir notamment à travers le somptueux « Vertiges » (« Per le antiche scale »)qui met en scène un duel entre Marcelo Mastroianni et François Fabian dans un asile toscan des années 1930.

Alors que le drapeau brun du fascisme s’étend de plus en plus bruyamment sur l’Italie, rien ne semble avoir changé depuis le Moyen-Âge à hôpital psychiatrique toscan que mène d’une main de fer le professeur Bonaccorsi (toujours impeccable Marcelo Mastroianni) : les internés sont tenus en cage, ligotés à leurs lits et un climat d’érotisme macabre règne sur les corps souvent dénudés par la folie. Le personnel de l’hôpital est choisi parmi les patients, et seuls le directeur, sa femme, et le docteur sont sensés être « sains » d’esprit. Sauf qu’après huit ans dans cette alcôve hors du monde,avec une sœur elle-même internée dans  l’asile, et à force de coucheries tous azimuts, le professeur Bonaccorsi ne semble pas poursuivre ses recherches sur le gène de la folie avec beaucoup de rigueur scientifique. C’est ce que vient lui prouver le jeune médecin Anna (Françoise Fabian), plus inspirée par les méthodes freudiennes, et venue faire des recherches dans cette institution reculée…

Ce qui frappe avant tout dans « Vertiges » est la beauté formelle du film. Bolognini enchaine les plans parfaits, de Mastroianni longeant les hauts murs de l’asile, aux corps nus et arqués des fous. Porté par d’excellents comédien, et créant une ambiance de festival macabre dès son commencement, l’œuvre est une somptueuse redécouverte. Mais, malgré le succès du roman de Mario Tobinodont dont il est adapté et le thème fort qu’il traite, « Vertige » manque sérieusement d’intrigue. C’est peut-être ce qui explique que le film soit tombé dans l’oubli. Et qu’on ait souvent reproché son formalisme au réalisateur. En effet, les scènes érotiques de Carla (Barbara Bouchet) aussi bien que les plans sur les patientes en train de s’embrasser semblent plus liées à un désir de beauté formelle qu’à un vrai souci narratif. Qu’importe, beaucoup de choses sont suggérées dans les plans parfaits de « Vertige » : les balbutiements de la psychiatrie moderne, l’enfer de la psychose et la montée du fascisme.

En Bonus : une préface de Jean A. Gili et un reportage sur Mauro Bolognini : « Au-delà du style » (2 e partie).
Autres titres de Mauro Bolognini disponibles : « Bubu de Montparnasse » (1971)et « Liberté, Mon amour« ! (1973), avec Claudia Cardinale. Ainsi que « Les garçons« (1959) sur un scenario de Pier Paolo Pasolini, avec le tout jeune Laurent Terzieff, et Jean-Claude Brialy.

« Vertiges » (« Per le antiche scale »), de Mauro Bolognini avec Marcelo Mastroianni, François Fabian, Barbara Bouchet, Marthe Keller, et Adriana Asti, musique : Ennio Morricone, 1971, Italie, 19.99 euros. Sortie le 21 juillet 2010.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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