Cinema

Cinéma : Mensch de Steve Suissa, ou les parrains de la rue Richer

03 décembre 2009 | PAR Yaël Hirsch

Steve Suissa, le réalisateur de « Cavalcade » met en scène son enfance dans les quartiers juifs du 9 e arrondissement. A mille lieues de « La vérité si je mens », « Mensch » est plus un vrai film de gangsters qu’un film communautaire. Film porté par ses acteurs, « Mensch » offre à  Nicolas Cazalé un superbe rôle de père juif, donne à la figure du patriarche toute l’élégance de Samy Frey et utilise Antohony Delon à contre-emploi. Sortie le 9 décembre.

Géraldine Pioud est allée interviewer Steve Suissa, cliquez ici pour lire les propos du réalisateur de Mensch.

Sam (Nicolas Cazalé) a 35 ans, un fils, et vient d’une famille juive installé depuis trois génération rue Richer (9e arrondissement de Paris) : la famille Hazak (« sois fort », en hébreu). Sam voudrait écouter les conseils de son grand-père (Samy Frey), se coiffer, serrer sa cravate, regarder les gens droit dans les yeux et être un type bien (un « Mensch », soit un homme, tout simplement, en yiddish). Mais sontalents n’est certainement pas dans le business familial. L’art de Sam est celui de casser les coffres. Ce qu’il opère en général de manière indépendante avec Tonio (Anthony Delon) comme chauffeur et partenaire. Mais cette double vie n’est pas facile; au quartier, tout le monde se doute que ses affaires ne sont pas orthodoxes, et même son petit garçon pose des questions. Et la nouvelle femme de sa vie (sublime Sara Martins qui interprète enfin un personnage féminin avec un minimum d’épaisseur dans un films de gangsters) n’est pas non plus dupe. Or, Sam a terriblement besoin d’argent. Il finit donc par accepter la proposition de l’ennemi de son grand-père, Simon Safran (Maurice Bénichou) et participe à un cambriolage de diamants pour ce vœux parrain. mais certains des partenaires qui lui sont imposés, comme Youvel  (Mickaël Abitboul) sont trop junkies pour être fiables…

Avec sa structure narrative simple, des dialogues efficaces, et des personnages archétypaux incarnés par des acteurs fantastiques (Cazalé est irrésistible, et l’on s’arrête de respirer pendant toute  la scène de confrontation entre Samy Frey et Maurice Bénichou, on apprécie également de voir le réalisateur interpréter l’oncle studieux de Sam), « Mensch » est un très bon film de gangsters. Mais c’est aussi  l’anti « Public ennemies », de par sa recherche sur la psychologie et l’intimité des héros qu’il met en scène. Steve Suissa sait suggérer de forts rapports personnels en quelques images, que ce soit entre Sam et son fils, Sam et son père, Sam et sa nouvelle fiancée, où entre le père de Sam et Simon Safran. Et les questions du personnage de Sam, perdu dans ses mensonges et tourmenté par la distance qu’il y a entre ses besoins, ses idéaux et ses actions, sont les bonnes. Comment prendre des chemins de traverses sans pour autant quitter complétement la route? Comment être un Mensch quand on aspire à autre chose qu’à un laborieux travail d’épicier ou de commerçant? Ces questions accompagnent le spectateur longtemps après qu’il a quitté la salle de cinéma.

« Mensch« , de Steve Suissa, avec Nicolas Cazalé, Anthony Delon, Samy Frey, Mickaël Abitboul, Maurice Bénichou, Sara Martins, Évelyne Bouix, et Myriam Boyer, France, 2009, 1h27, sortie le 9 décembre.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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