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Ces (excellents) films passés inapercus: World’s Greatest Dad de Bobcat Goldthwait avec Robin Williams, la critique.

Ces (excellents) films passés inapercus: World’s Greatest Dad de Bobcat Goldthwait avec Robin Williams, la critique.

03 novembre 2012 | PAR Gilles Herail

[rating=5]

Bob Godwaith vient de sortir son nouveau film, God Bless America. Ce réalisateur américain de comédies noires et absurdes est relativement inconnu en France. Retour ici sur son « chef d’œuvre », World’s Greatest Dad, comédie noire surprenante qui nous apprend à redécouvrir le talent comique de Robin Williams, loin des univers aseptisés de ses comédies familiales.

Bob Godwaith s’est fait connaitre avec Shakes the Clown, premier avatar d’une série de films bizarres, partant d’idées saugrenues pour distiller un humour noir et critiquer gentiment la société américaine. Juste une fois (Sleeping Dogs en anglais) allait encore plus loin avec une idée de scenario complètement farfelue. L’effet sur un couple bien sous tous rapports de la révélation que madame, sans raison apparente s’était adonnée à pratiquer une fellation sur le chien de la maison… Avec un film finalement très peu graveleux, qui utilise simplement cette situation originale pour raconter une romance finalement plus classique qu’elle ne voudrait l’être.

World’s Greatest Dad, l’avant-dernier film de Godwaith est lui une franche réussite. Un film impossible à résumer car marqué par un twist modifiant totalement la tonalité et le propos du film en cours de route. Robin Williams y incarne un professeur gentiment minable, ignoré par ses étudiants et sa hiérarchie, méprisé par son fils Kyle et obligé de cacher son amourette avec une collègue qui ne souhaite pas s’afficher avec lui. World’s greatest dad débute comme une comédie adolescente traditionnelle mais hilarante. Avec un père dépassé par ce fiston un peu lent, obsédé par le porno, exclusivement centré sur sa personne et trainant toute la journée avec son ami geek qu’il maltraite. Un vrai personnage détestable. Et puis le film change de direction, pour des raisons qu’on ne révélera pas ici pour ne pas gâcher le plaisir du spectateur. Godwaith traite alors d’une multitude de thèmes passionnants sur la société américaine. Le rapport à la vie privée, le commerce racoleur des émotions, l’utilisation cynique d’une situation.

World’s Greatest Dad est une pépite d’humour noir. Qui joue sur des éléments dramatiques pour créer un dessalage et nous entrainer dans une descente aux enfers avec le personnage de Robin Williams, dépassé par la tournure des événements. Quand un mensonge sans conséquence prend des proportions inattendues. Sous ses airs de comédie indépendante à petit budget, le film soigne ses effets, réserve de vraies belles idées de mise en scène même si les symboles sont parfois un peu appuyés. Et puis Godwaith sait insuffler de l’empathie pour ses personnages minables. Avec un certain mépris pour les personnes populaires, les petites stars locales, dans leur domaine. Il leur préfère ces caractères originaux. Une voisine un peu folle fan de films de zombies. Le fils et son ami loser. Et ce magnifique personnage incarné par Robin Williams, qui n’a pas son pareil pour transmettre un sentiment d’humanité et de normalité.

Bob Godwaith a non seulement réalisé l’une des comédies noires les plus drôles de ces dernières années mais a en plus su souligner les travers de la société de l’émotion facile, l’hypocrisie des relations humaines, les hiérarchies permanentes entre les populaires et les losers. Un film et un auteur à découvrir!

Gilles Hérail

SPOILERS

Pour les plus curieux d’entre vous, voici quelques révélations sur le scenario du film, et notamment ce fameux twist évoqué  dans la critique. Attention spoilers! Ce fameux Kyle, adolescent stupide et sans saveur trouve la mort après un exercice de masturbation sous strangulation qui finit mal. Son père le découvre et décide de maquiller l’accident en suicide, en écrivant une note faisant passer l’idiot du village pour un talent incompris, surdoué, victime de l’indifférence de ses camarades de classe. Ce qui n’était qu’un petit mensonge devient rapidement une affaire d’état quand le journal du lycée publie la lettre en question. Le film suit alors la transformation radicale du regard des gens sur le personnage de Robin Williams et le culte malsain qui s’installe en mémoire de ce surdoué insoupçonné qui va faire pleurer l’Amérique….

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Gilles Herail

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