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Cannes 2018, Quinzaine des réalisateurs : « Le monde est toi », un casting de choc dans une brillante comédie noire

Cannes 2018, Quinzaine des réalisateurs : « Le monde est toi », un casting de choc dans une brillante comédie noire

13 mai 2018 | PAR Hugo Saadi

Huit années après « Notre Jour Viendra », Romain Gavras revient en grande pompe avec « Le Monde est à toi », un aller simple vers la comédie noire, aux côtés d’un dealer de cité entouré de persos délirants. Le premier coup de cœur de la quinzaine des réalisateurs.

[rating=4]

Avec Le Monde est à toi, Romain Gavras dévoile le quotidien d’un jeune dealer de banlieue qui se retrouve en Espagne, fourré dans un deal qui tourne mal. C’est le début d’une course contre la montre pour éviter la chute totale. Si le réalisateur français livre un scénario loin d’être d’une grande complexité, les nombreux personnages qui gravitent autour de ce héros à la rue, nous régalent tous. La première partie du film, qui pose les bases de l’histoire, nous met rapidement dans le tempo : les scènes s’enchaînent dans un style très cut, très clippé (le « taf » de Gavras pour la musique et la pub se ressent forcément) et le mélange des genres commence à faire effet. Film de genre, polar, satire sociale, comédie noire ou film pop(corn), Le Monde est à toi pioche à droite à et gauche pour livrer sa propre sauce. Sans tomber dans un Scarface du pauvre, ni une parodie des « kairas » (le « bling-bling » et l’autodérision sont permanents), ce second long-métrage détonne et frappe un grand coup.

Ce film de genre redonne une belle bouffée d’air frais dans le paysage cinématographie français, étouffé par des comédies potaches et grossières. Gavras réussit à traiter de nombreux sujets, sans avoir recours à des facilités, et saupoudre son film de thématiques actuelles, que ce soit l’éducation, la famille, les amis, la romance ou le monde du travail et même la lutte anti-terroriste. Côté mise en scène, Gavras évite de tomber dans le tape-à-l’œil. Même si, la réalisation se regarde le nombril quelques fois, on apprécie malgré tout, et ce, grâce à une photographie soignée et réfléchie : couleurs clinquantes, beauté des corps et noirceur de ce monde hostile. Même s’il nous emmène dans les bas-fonds du banditisme à la cool des quartiers de cité, tout reste presque beau dans l’ensemble du film (le côté clippesque rentre en jeu à la manière d’une vidéo de PNL en pleine cité).

Au final, Le Monde est à toi offre un rythme effréné du début à la fin et s’autorise le luxe de petits breaks dans l’intrigue qui sont la cerise sur le gâteau, à savoir les apartés du personnage de Vincent Cassel, homme de main du héros principal, mais surtout gros paumé et fan absolu des docus sur les illuminatis et autres théories du complot. Les dialogues sont un pur régal (des punchlines disséminés un peu partout), grâce à un casting qui écrase tout. De Karim Leklou, héros perdu et malmené, notamment par sa mère, Isabelle Adjani, méconnaissable et incroyable, aux seconds rôles qui n’en sont pas vraiment comme Oulaya Amamra, beauté fatale et Vincent Cassel, loin de sa figure glamour d’homme mature, sans oublier les apparitions comiques de Philippe Catherine ou François Damiens, pour un supplément d’humour noir.

Une chose est sûre, c’est que le film va faire des vagues et a tout pour plaire à plusieurs générations, à l’image de sa bande originale qui passe d’un Laurent Voulzy à un PNL, d’un Balavoine à un Booba, d’un Sardou à… Gravas s’autorise le luxe de se faire plaisir sans censure et ça se ressent à tous les niveaux. On a déjà hâte de revoir ce polar hors norme.

Le monde est à toi, film de Romain Gavras, avec Karim Leklou, Vincent Cassel, Isabelle Adjani, Oulaya Amamra, présenté au festival de Cannes, durant la quinzaine des réalisateurs. Durée : 1h34. Sortie française au cinéma : le 22 août 2018.

Visuels © Studio Canal

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