Cinema
[Cannes, Un certain regard] « La Quatrième voie », tension et ruptures pour raconter l’histoire indienne

[Cannes, Un certain regard] « La Quatrième voie », tension et ruptures pour raconter l’histoire indienne

26 mai 2015 | PAR Geoffrey Nabavian

A Cannes, on a apprécié ce film indien où, dans le Pendjab de 1984, des citoyens vivent leur existence entre action des militants sikhs et armée suspicieuse. Un film au côté historique pas trop lourd, tout en ruptures bienvenues.

[rating=3]

Si La Quatrième Voie parvient à laisser un assez bon souvenir, c’est du fait des ruptures qu’il propose au sein de son scénario. On aime cette introduction, qui nous fait rencontrer deux hommes pressés, arrivant dans plusieurs villes, puis repartant tout de suite. Deux hommes qu’on retrouve ensuite sur un quai de gare, de nuit, face à un train qui « va à Amritsar, mais ne doit pas prendre de voyageurs »… On adore la scène qui suit, bien longue, et tissée dans la finesse. On apprendra qu’ils sont hindous. Et que des sikhs veulent aussi prendre ce train.

Ces personnages nous apparaissent attachants, mais un très long flashback nous envoie tout à coup les retrouver dans le temps des conflits de 1984 entre le gouvernement d’Indira Ghandi et les militants Sikhs qui les ont menacés, eux et leurs familles. On suit alors la vie d’une fratrie, dans une maison de campagne, visitée régulièrement par des gens en armes.

Et on apprécie la sobriété de la mise en scène. La tension naît du décor. Puis tout à coup, Gurvinder Singh se fait plus dur et lance les militaires dans une fouille, qui fait pleurer toute la famille. Ou nous offre une séquence chantée, où les militants partent au combat. On apprendra ensuite qu’ils sont morts le 31 mai, dans le massacre du Temple d’Or

La faiblesse du film vient hélas de sa structure même : le flashback central est trop long. Et le cadre unique lasse quelque peu, car Gurvinder Singh étire trop certaines scènes. On n’a, enfin, pas toujours tous les éléments pour bien comprendre le contexte des luttes. Mais de façon globale, et même si tous les passages ne marquent pas, le film, bien joué, sait tenir notre attention, et nous éclairer.

*

La Quatrième Voie, un film de Gurvinder Singh. Avec Harnek Aulakh, Kanwaljit Singh, Tejpal Singh, Gulshan Saggi, Suvinder Pal Vicky. Drame, Indien. Durée : 1h55.

Visuel : © Epicentre Films

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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