Cinema

Cannes 2019, Un certain regard : « Nina Wu », portrait subtil et bien mis en scène

Cannes 2019, Un certain regard : « Nina Wu », portrait subtil et bien mis en scène

27 mai 2019 | PAR Geoffrey Nabavian

Très remarqué pour Adieu Mandalay, le réalisateur Midi Z trace dans son nouveau film le portrait d’une actrice dans Taïwan, aujourd’hui. Ses atouts : un œil de réalisateur et une actrice brillante.

Nina Wu est le portrait d’une aspirante actrice dans la société taïwanaise aujourd’hui, guère évidente, selon les images qu’en donne le réalisateur Midi Z. Celui qui fut révélé en 2017 grâce à Adieu Mandalay – film sur l’odyssée de migrants en Birmanie – donne cependant à cette histoire et à ce cadre pas nouveaux une coloration particulière. Sa réalisation, sobre, parvient à parfaitement transmettre la crudité, et le vide, des espaces et des situations traversés par sa protagoniste principale. Restaurants déserts, décors froids du premier long-métrage dans lequel elle tourne : le cadre dans lequel se déroule le scénario captive et tient en haleine. Davantage qu’une dénonciation ou qu’une critique directe, il sait suggérer parfaitement les pièges qui guettent Nina Wu, l’héroïne.

Celle qui l’incarne, Wu Ke-xi, est en tout point remarquable : charismatique, et apte à suggérer son trouble de manière fine, sans trop en faire, elle entraîne à sa suite. Les scènes de « film dans le film », où elle donne tout ce qu’elle a et ressent pour des scènes émotionnellement difficiles, passionnent. Mais autour d’elle, tous apparaissent très convaincants : ce père, par exemple, qui la somme, au temps des fêtes de fin d’année, de devenir vite célèbre, afin que lui et tous les membres de sa famille puissent vivre sur ses revenus. Ou encore son agent, et surtout le réalisateur du film d’espionnage dont elle tient le rôle principal, et qui demeure la chance de sa vie : ce cinéaste n’hésite pas, pour la pousser à bout, à la frapper…

Nina Wu apparaît ainsi comme un portrait dur, mais empli de nuances et de sensibilité souterraine aussi, au sein duquel le talent de Midi Z impose un silence, une tension souterraine et un arrière-plan frappants salutaires. Un film engagé mais également très personnel, en somme.

Geoffrey Nabavian

Retrouvez tous les films du Festival dans notre dossier Cannes 2019

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Visuels : © Epicentre Films

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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