Cinema
[Cannes 2021, Un certain regard] Noche de fuego, promenade esthétique surprenante en terres mexicaines

[Cannes 2021, Un certain regard] Noche de fuego, promenade esthétique surprenante en terres mexicaines

19 juillet 2021 | PAR Geoffrey Nabavian

Les montagnes du Mexique et l’existence de leurs habitants à l’heure actuelle, entre survie, débrouille, violence qui guette… Avec aussi ceux qui les dynamitent, ces sommets. Et trois petites filles qui jouent la nuit. Un film foisonnant et esthétique.

Pourvu d’une splendide photographie, Noche de fuego est un film qui donne à voir, à intervalles réguliers, des tableaux vivants, évoquant la vie d’habitants des montagnes mexicaines de nos jours de façon esthétique, mais aussi réaliste, et donc parfois tragiquement drôle, ou surprenante tout simplement. Beaucoup de ses plans font voir des scènes de nuit, des images nimbées d’ombre, qui prennent des teintes encore une fois réalistes et quasi surnaturelles, en même temps. Trois petites filles vagabondent dans ces paysages, rêvant et s’inventant un monde à elles loin de la réalité des adultes.

Lors des scènes de jour, on observe dans certaines séquences un autre phénomène : des hommes, rompus à l’exercice ou moins âgés, dynamitant la montagne, et regardant ses parois disparaître en fumée dans le même temps que le spectateur. Ici, les plans d’explosion apparaissent évoquer le réel, mais aussi des choses symboliques, pas surlignées : ces plans-ci ont un aspect très ouvert et semblent laisser au spectateur le temps de les regarder, et de s’interroger, au même titre que les ouvriers qui travaillent ces parois rocheuses dans les carrières, montrés pour certains dans des poses interrogatives lors des explosions. Mystère contenu dans ces montagnes, et vie des hommes avec elles : grâce à ses plans, courts, très savamment composés, Noche de fuego laisse découvrir un monde, qui respire et évolue.

Dans cet univers, la violence guette également – entre les conflits armés et la criminalité, évoqués – mais quelque chose de sacré demeure malgré tout. La réalisatrice Tatiana Huezo adopte un rythme contemplatif qu’elle fait dialoguer avec ses plans brefs – mais, on le répète, conçus avec un soin extrêmement précis – et ce faisant, elle offre à son film une respiration, à la cadence pas forcément régulière : une respiration qui sait fonctionner avec la foule de micro-accidents et événements que la vie dans ces montagnes réserve. Fondé sur elle, le film surprend, et n’avance pas le long de voies balisées.

Noche de fuego est présenté au Festival de Cannes 2021 au sein d’Un certain regard.

Retrouvez tous les articles sur le Festival dans notre dossier Cannes 2021

Le Palmarès final du Festival de Cannes 2021 est à découvrir ici

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Visuel : © Pimienta Films /Match Factory Productions

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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