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Cannes 2018, Semaine de la critique : « Nos batailles », le portrait émouvant d’un père tiraillé entre vie de famille et travail

Cannes 2018, Semaine de la critique : « Nos batailles », le portrait émouvant d’un père tiraillé entre vie de famille et travail

16 mai 2018 | PAR Aurore Garot

Après Keeper, le réalisateur franco-belge Guilllaume Senez revient pour un deuxième long-métrage, « Nos batailles », présenté en séance spéciale à la Semaine de la critique. Mélangeant drame familial et réalité du travail, le cinéaste nous offre un petit bijou délicat, émouvant et amusant qui permet à Romain Duris, de jouer l’un de ses plus beaux rôles au cinéma.

Olivier (brillamment incarné par Romain Duris), chef d’équipe dans un entrepôt de marchandises, se retrouve seul avec ses deux enfants, après le départ spontané de sa femme. Entre son travail, la défense des intérêts de ses collègues renvoyés ou travaillant dans des conditions très limites, et son rôle de père qu’il doit réapprendre, le personnage est obligé de réorganiser sa vie pour faire face à ses nouvelles responsabilités.

Comme pour Keeper, le réalisateur laisse une incroyable liberté à ses acteurs, qui commencent par  faire des improvisations, sans dialogues préparés, pour retravailler l’ensemble, séquence après séquence. Un travail qui permet à Romain Duris de jouer l’un des plus beaux rôles de sa carrière en étant à la fois touchant et authentique… Et il n’est pas le seul ! Laëtitia Dosch, présentée dans le premier long-métrage de Senez, incarne cette fois-ci la sœur du protagoniste et apporte au film une légèreté, une énergie débordante et une spontanéité désarmante, qui adoucit autant la vie de son frère et de ses deux enfants que l’oeuvre du réalisateur en elle-même.

Cette sincérité, Guillaume Senez l’infuse aussi dans son film par sa propre histoire. Pendant le tournage de Keeper, le cinéaste s’est en effet séparé de sa femme et a dû apprendre « à vivre seul avec eux, à les regarder, à les entendre et à les comprendre », explique-t-il lors d’une interview à UniDvers. Trouver les mots justes, c’est tout un challenge pour Olivier qui peut parfois être maladroit dans sa façon de dire les choses, et qui ne sait pas quoi dire à ses enfants concernant le départ de leur mère. De même dans les tâches du quotidien (petit-déjeuner, habillage, école…), le personnage doit intérioriser ces gestes pour qu’ils deviennent automatiques… et ne pas leur faire manger des céréales à chaque repas ! Mais toute la beauté de ce film réside dans la proximité émotionnelle, dans la symbiose des personnages qui nous font rire et nous émeuvent pour le meilleur comme pour le pire.

Nos Batailles illustre aussi une réalité sociale dans laquelle beaucoup peuvent se reconnaître ; La difficulté de concilier son travail et sa famille ainsi que la nécessité de s’adapter lors d’événements inattendus. Olivier subit la pression de son boulot où il essaye de défendre les intérêts de ses collègues obligés de faire des heures supplémentaires non rémunérées, de porter manteau, écharpe, bonnet au travail car la supérieure d’Olivier refuse de mettre du chauffage pour ne pas « gaspiller » l’argent de l’entreprise. Une charge importante de travail qui se répercute sur la vie de famille.

Délicat, modeste, drôle et émouvant, Nos Batailles nous offre une dernière scène particulièrement touchante, avec un message final, peint sur le mur de leur maison, aussi rempli d’espoir que de renouveau.

Nos batailles (Our struggles), film de Guillaume Senez, avec Romain Duris, Laure Calamy, Laëtitia Dosch, Lucie Debay, Basile Grunberger, Lena Girard Voss et Dominique Valadié, présenté au festival de Cannes, durant la semaine de la critique. Durée : 1h38. Sortie française au cinéma : le 10 octobre 2018.

Visuels : © Elin Kirschfink

Retrouvez tous les films du Festival dans notre dossier Cannes 2018

 

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