Cinema
Bye bye The Look : hommage à Lauren Bacall (1924 – 2014)

Bye bye The Look : hommage à Lauren Bacall (1924 – 2014)

13 août 2014 | PAR Audrey Chaix

« You know you don’t have to act with me, Steve. You don’t have to say anything, and you don’t have to do anything. Not a thing. Oh, maybe just whistle. You know how to whistle, don’t you, Steve? You just put your lips together and… blow. » Réplique culte d’un film culte, Le Port de l’Angoisse de Howard Hawks, aujourd’hui orphelins puisque Lauren Bacall s’en est allée rejoindre son Bogey de mari. Grande et mince, avec une voix rauque reconnaissable entre toutes et une présence magnétique à l’écran, Lauren Bacall, surnommée « The Look » à cause de son regard magnifique, était l’une de ces icônes de l’âge d’or hollywoodien qui ont marqué l’histoire du cinéma américain.

Lauren Bacall

Betty Joan Perske, fille d’immigrés juifs new yorkais, n’a que 19 ans quand la femme de Howard Hawks la repère sur la couverture d’Harper’s Bazaar. Le réalisateur lui offre un rôle dans Le Port de l’Angoisse (1944), aux côtés d’Humphrey Bogart, de vingt-cinq ans son aîné. Bacall aurait préféré Cary Grant… et elle est si terrorisée par la caméra qu’elle ne lève les yeux que lorsqu’elle doit donner la réplique à son partenaire. Ainsi est né son surnom « The Look », le regard. Inoubliable dans le rôle de l’insolente « Slim », chanteuse dans un bar sordide de Martinique, Bacall séduit le public aussi bien que Bogart : ils se marient l’année suivante, et leur romance est l’une des plus célèbres qu’Hollywood ait connu, d’autant plus qu’elle durera jusqu’à la mort de Bogart en 1957.

Si Bacall et Bogart deviennent rapidement un couple à la ville, ils le restent aussi à l’écran pendant quelques années. En 1946, Howard Hawks adapte à l’écran un roman noir de Raymond Chandler, Le Grand Sommeil. Une histoire très complexe de chantage et de meurtre qui est sublimée par le couple pour devenir un classique du genre. En 1947, Delmer Daves les dirige dans Les Passagers de la Nuit, puis, en 1948, John Huston dans Key Largo. Bogart et Bacall deviennent ainsi le couple emblématique du film noir des années 1940, laissant dans l’imaginaire collectif de magnifiques images en noir et blanc et des répliques rendues cultes par l’alchimie entre eux deux.

Sa longue carrière n’a pas été l’occasion pour Lauren Bacall de tourner une quantité pléthorique de films – elle revendique avoir choisi sa vie personnelle plutôt que sa carrière, et ne faisait jamais plus d’un film par an pour ne pas délaisser ses enfants trop longtemps. Dans les années 1950, elle quitte l’univers du film noir pour tourner dans des comédies comme Comment épouser un millionnaire (1953) où elle donne la réplique à Marilyn Monroe et à Betty Grable, ou La Femme modèle (1957) de Vincente Minnelli, comédie désopilante où elle retrouve Gregory Peck, l’un de ses meilleurs amis. On la voit également dans le film de Michael Curtiz La Femme aux chimères (1950) avec Kirk Douglas, dans le mélo Ecrit sur du vent (1956) de Douglas Sirk avec Rock Hudson, et bien d’autres films où elle joue aux côtés de Gary Cooper, John Wayne ou Richard Widmark…

Elle tourne moins de films au fur et à mesure des années, mais on la voit avec Ingrid Bergman dans la fameuse adaptation du Crime de l’Orient-Express (1974) de Sidney Lumet, ainsi que dans Dogville (2003) de Lars von Trier. Elle a également multiplié les doublages vers la fin de sa carrière. L’industrie du cinéma ne l’a pas couverte de récompenses, mais elle a tout de même reçu un César d’honneur en 1996 et un Oscar d’honneur en 2009, après avoir vu l’Oscar du meilleur second rôle féminin lui échapper en 1997 pour son interprétation de la mère de Barbra Streisand dans Leçons de séduction.

Lauren Bacall est surtout connue comme une actrice de cinéma, mais elle a aussi été une comédienne de théâtre hors pair tout au long de sa carrière. A Broadway, elle a joué aussi bien dans des music-halls, comme Applause ou Woman of the Year, que dans des pièces dramatiques comme Sweet Bird of Youth de Tennessee Williams.

Sa silhouette élancée, son regard envoûtant et sa voix rauque l’ont élevée au rang de légende hollywoodienne – statut qu’elle n’aimait guère… Mais aujourd’hui, alors que The Look a fermé les yeux une dernière fois, Hollywood est orphelin de l’un de ses derniers monstres sacrés. Espérons pour elle qu’elle ait enfin retrouvé son Bogey et le sifflet qu’elle avait glissé dans son cercueil avant de lui dire adieu, clin d’œil à leurs premiers pas ensemble.

Photo © Creative Commons.

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Audrey Chaix
Professionnelle de la communication, Audrey a fait des études d'anglais et de communication à la Sorbonne et au CELSA avant de partir vivre à Lille. Passionnée par le spectacle vivant, en particulier le théâtre, mais aussi la danse ou l'opéra, elle écume les salles de spectacle de part et d'autre de la frontière franco-belgo-britannique. @audreyvchaix photo : maxime dufour photographies.

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