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Réédition : « Ecrit sur du Vent » : Reprise du mélodrame flamboyant de Douglas Sirk avec Lauren Bacall et Rock Hudson

Réédition : « Ecrit sur du Vent » : Reprise du mélodrame flamboyant de Douglas Sirk avec Lauren Bacall et Rock Hudson

11 juin 2018 | PAR Gregory Marouze

Toute La Culture se penche sur la reprise de Ecrit sur du Vent,  l’une des pierres angulaires du maître du mélodrame flamboyant : Douglas Sirk. Réalisé en 1955, le film réunit Lauren Bacall, Rock Hudson, Robert Stack et Dorothy Malone. 

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Douglas Sirk : Un destin similaire à Fritz Lang

Douglas Sirk naît Claus Sierk à Hambourg le 26 avril 1900. Il connaît un destin similaire à un autre grand cinéaste : Fritz Lang. Comme il le fait pour Lang, Hitler propose à Douglas Sirk de devenir le cinéaste officiel du IIIème Reich. A une condition : que Sirk divorce de Hilde Jary, sa femme juive. Le cinéaste décline la proposition et, tout comme le réalisateur de M Le Maudit, fuit l’Allemagne pour les Etats-Unis.

Sirk s’illustre alors dans divers genres cinématographiques. Il réalise un film contre Heydrich, Hitler’s Madman (1943). Il signe également un western : Taza, fils de Cochise (1953).

Le mélodrame comme moyen de subversion

Mais c’est pour un genre toujours peu considéré, mal aimé, qu’on célèbre aujourd’hui Douglas Sirk : le mélodrame ! Le « Mélo » comme on dit de façon dédaigneuse, pour évoquer un film larmoyant, qui fait pleurer Margot.

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Si les films de Douglas Sirk émeuvent, bouleversent, vous tirent des larmes, ils sont surtout très durs. Les personnages de son cinéma sont sacrifiés, font face au racisme, à des tendances suicidaires, à la violence, la guerre, la lâcheté et l’inhumanité des hommes, au handicap, aux conventions sociales,

Dans la plupart de ses mélodrames, Sirk utilise le vernis d’un Technicolor flamboyant pour tirer à boulets rouges sur une Amérique conservatrice, misogyne, phallocrate, xénophobe. … Les films de Sirk sont désespérés, désenchantés, noirs. Le Technicolor et le mélodrame sont là pour faire passer des messages subversifs sans avoir l’air d’y toucher.

Le Secret Magnifique (1954), Tout ce que le Ciel Permet (1955), Le Temps d’Aimer et le Temps de Mourir – quel titre sublime ! – (1958), Mirage de la Vie (1959) n’y échappent pas.

Ecrit sur du Vent

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C’est également le cas pour Ecrit sur du Vent, que Douglas Sirk réalise en 1955. On y retrouve l’acteur fétiche de la période américaine de Sirk : Rock Hudson. Mais aussi Lauren Bacall, Dorothy Malone et un impressionnant Robert Stack (oui : le Eliott Ness de la série TV Les Incorruptibles) dans le rôle d’un homme brisé, qui porte en lui une terrible détestation de lui-même.

Encore une fois, le Technicolor est présent. Il symbolise les milliardaires texans filmés par Sirk : beaux, flamboyants, riches, s’étourdissants dans des partys où évoluent des femmes toutes plus désirables les unes que les autres, …

Technicolor qui semble se craqueler pour laisser apparaître beaucoup de désespoir et de laideur. Derrière le luxe, la vie facile, il y a la dépression, l’alcool, la stérilité d’un homme, l’amour impossible de Mitch (Rock Hudson) pour Lucy (Lauren Bacall), qui finit par épouser Kyle (Robert Stack), alcoolique et suicidaire.

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Comme dans une tragédie grecque et tous les mélodrames de Sirk, le fatum est à l’œuvre. Comme dans les grands films noirs auquel Ecrit sur du Vent s’apparente également.

Des œuvres très personnelles

Ecrit sur du Vent et autres films de Sirk interprétés par Rock Hudson prennent aujourd’hui une résonance toute particulière. Sous les couleurs chatoyantes, l’élégance de la mise en scène, il y a également le drame de Hudson, beau comme un Dieu, condamné à jouer éternellement les hommes à femmes, devant épouser des actrices castées par Hollywood pour dissimuler son homosexualité à une Amérique pudibonde. Voir Rock Hudson admirer les jambes interminables de Lauren Bacall dans l’une des premières scènes de Ecrit sur du Vent, prend un tour à la fois cocasse, pathétique, tragique.

Ecrit sur du Vent, Le Secret Magnifique, Tout ce que le Ciel Permet, Le Temps d’Aimer et le Temps de Mourir, Mirage de la Vie, offrent surtout l’occasion à Douglas Sirk d’écrire en creux sa propre autobiographie. Celle d’un homme désespéré, jamais remis de la perte de son fils Klaus (ex-acteur star) dont on l’a écarté. Un p’tit gars enrôlé dans les jeunesses hitlériennes avec la bénédiction de sa mère. Et mort sur le front russe en 1944.

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Derrière les films des plus grands cinéastes se cachent parfois de terribles blessures. C’est peut-être le secret de la beauté, de la force, de la longévité de ces classiques intemporels.

Ne passez pas à côté de Ecrit sur du Vent ! Il est des bijoux de films qu’on se doit de voir au moins une fois dans sa vie au cinéma.

Grégory Marouzé

Ecrit sur du vent (Written on the Wind) de Douglas Sirk

Avec Rock Hudson, Lauren Bacall, Robert Stack, Dorothy Malone, Robert Keith

Durée 1H39

Couleurs

V.O.S.T.F.

Sortie le 13 juin 2018

Synopsis : Fils d’un roi du pétrole texan, Kyle Hadley a versé dans l’ivrognerie. Un jour, il tombe amoureux de Lucie Moore, que lui présente le géologue Mitch Wayne, son meilleur ami. Avec l’espoir de le guérir de son vice, Lucie accepte d’épouser Kyle, ce qui navre Mitch, également amoureux d’elle. Entre Kyle et Lucie, tout se passe bien dans un premier temps. Mais Kyle apprend par le médecin de famille qu’il ne pourra jamais avoir d’enfant. Or Lucie est enceinte.

Visuels : © Ciné Sorbonne / Universal Pictures

La qualité de l’image du film-annonce n’est pas représentative de la projection de Ecrit sur du Vent qui sera présenté en version numérique restaurée 2K.

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Gregory Marouze
Cinéphile acharné ouvert à tous les cinémas, genres, nationalités et époques. Journaliste et critique de cinéma (émission TV Ci Né Ma - L'Agence Ciné, Revus et Corrigés, Lille La Nuit.Com, ...), programmation et animation de ciné-clubs à Lille et Arras (Mes Films de Chevet, La Class' Ciné) avec l'association Plan Séquence, Animateur de débats et masterclass (Arras Film Festival, Poitiers Film Festival, divers cinémas), formateur. Membre du Syndicat Français de la Critique de Cinéma, juré du Prix du Premier Long-Métrage français et étranger des Prix de la Critique 2019, réalisateur du documentaire "Alain Corneau, du noir au bleu" (production Les Films du Cyclope, Studio Canal, Ciné +)

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