Théâtre

« Fusée » ou les punchlines tendres acides d’une jeunesse désabusée à la Comédie des 3 Bornes

« Fusée » ou les punchlines tendres acides d’une jeunesse désabusée à la Comédie des 3 Bornes

11 juin 2018 | PAR David Rofé-Sarfati

Salomé Partouche prouve son sens de la formule et son art des situations; elle nous fait croiser des personnages pluriels sur une base de lancement d’une fusée qui tente vainement de décoller. C’est hilarant.

 

 

Ici c’est une base de lancement. Ou peut-être une simple illusion. C’est un point de départ ou une grande arrivée. C’est une question d’angle…

 

Même si le spectacle se joue à la Comédie des trois bornes, « Fusée » n’est ni une comédie, ni un one woman show, mais un authentique seul-en-scène au texte incisif, triste et gai à la fois. L’histoire se déroule sur le chemin qui mène jusqu’aux étoiles. Une ribambelle de personnages bigarrés défilent sous nos yeux: Christine, Noémie, Nilo, Selma, puis Achar et Michel. Tous ont en commun une quête de sens dans un quotidien privé de ses couleurs. Aussi à l’aise sur les planches qu’au cinéma, ou encore dans l’écriture et la mise en scène, l’artiste lauréate 2016 du Talent de Ménilmontant, nous livre ici un seul en scène intimiste, où se croisent les solitudes, la naïveté, la vie affective déserte de l’un, la peur d’être et de vieillir de l’autre, les doutes et les désillusions qui rendent agressif et parfois même suicidaire.Le spectacle tendre et décousu sur le toit du monde, nous touche profondément. De cette fragilité humaine qui prend insidieusement racine dans le doute, le texte de Salomé Partouche, à la frontière du spleen, fédère la génération Orelsan et au-delà. Agrémenté de punchlines qui donnent un coup de fouet bienvenu à cette création, le texte soigné fait écho à nos pensées les plus intimes. Avec « Fusée », on retient au vol les aphorismes: J’me mets du vernis dans le RER A. Je cours après ma féminité,  ou encore Les hommes, c’est comme les clopes, un poison qui me va si bien.

 

Je voulais fédérer autour de l’idée que les doutes et questionnements, les fantasmes et les désillusions de chacun sont le propre du vivant. On a souvent l’impression que personne ne peut comprendre ce que l’on traverse or je suis persuadée que les cheminements de chacun se font écho, précise Salomé Partouche.

Dans un simple t-shirt blanc et un pantalon blanc, le jeu physique de l’artiste est gorgé de mimiques. Au final, elle nous fait rire de l’absurdité de tous ces personnages à l’arrêt : l’une boit de l’air pour faire passer le temps, l’autre ne cesse de courir. Et nous dans tout ça ? On adore le personnage de l’homme mélancolique je m’en foutiste, avec sa veste noire, à contre-courant d’une société où justement les hommes ont été éduqués dans l’idée de ne jamais montrer ses faiblesse…

Fusée est un spectacle vivifiant qui désarçonne, nous met face à nos propres contradictions et procrastinations, et nous fait réfléchir à la nécessité de conjuguer la vie au présent et à agir avant qu’il ne soit trop tard….

 

 

Auteur et comédienne :Salomé Partouche

 

Crédit photo de l’affiche: Yvana Bolinois

 

Crédit photo:Olivier Marrache

 

Informations pratiques :le spectacle « Fusée » se joue encore les lundi 11, 18 et 25 juin 2018 à 20h15 à la Comédie des 3 Bornes, 32 rue des Trois Bornes dans le onzième arrondissement de Paris.

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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