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Bilan Box office France 2012: les succès, les surprises et les bides

Bilan Box office France 2012: les succès, les surprises et les bides

27 décembre 2012 | PAR Gilles Herail

Avec des entrées en baisse par rapport à un cru 2011 exceptionnel, l’année 2012 reste à de bons niveaux de fréquentation. On retiendra le triomphe mérité de Skyfall qui finira en tête et l’échec surprenant d’Asterix qui n’a pas fait honneur à la franchise. Résumé chiffré d’une année box-office.

L’année 2012 est sur le point de se conclure et vient donc le temps des bilans. Et de ce premier résumé, chiffré, des tendances à retenir au box office français en 2012. Au rang des succès incontestables, les suites et les franchises ont une nouvelle fois dominé. Sur les 10 premiers du box-office français, pas moins de 9 représentants (Age de glace 4, Twilight 6, Dark Knight 3, Hobbit…). D’autres blockbusters trustent de très nombreuses places dans la suite du classement Sherlock Holmes 2, Men in Black 3, Expandables 2… Mais le grand vainqueur de l’année est une surprise. Un certain Skyfall, qui double quasiment les scores de Quantum of Solace et égale les chiffres des vieux James Bond avec près de 7 millions d’entrées. Un excellent film, l’un des meilleurs de l’année, qui mérite amplement ce succès populaire inattendu, devant Asterix, devant le Hobbit.

Une spécificité du box-office, donc du public français, se confirme d’année en année. L’attachement à certains auteurs ou à certains acteurs, qui connaissent parfois plus de succès en France que dans leur pays d’origine. On pense à Tim Burton dont le Dark Shadows, échec mondial a relativement bien fonctionné en France avec près de 2 millions d’entrées. Eastwood toujours et encore qui réalise l’exploit d’attirer 1 million et demi de spectateurs pour un biopic d’une figure inconnue en France. Et puis, à des niveaux plus faibles mais tout aussi impressionnants pour leurs budgets plus réduits, les films de Ken Loach (La Part des Anges), Haneke (Amour), Wes Anderson (Moonrise Kingdom) Alexander Payne (The descendants) ont dépassé les 500 mille tickets vendus, prouvant l’intérêt d’un certain public français pour le cinéma d’auteur international.

Du côté des déceptions, Asterix 4, malgré des critiques plutôt positives, est le plus grand échec de l’année. Son très lourd budget de 50 millions d’euros aura du mal à être remboursé à court terme, et la carrière du film en Europe a elle aussi été très décevante. Une franchise qui va devoir attendre quelques années avant de pouvoir revenir. Du côté français toujours, les très lourds budgets de Cloclo et de la comédie d’action avec Dany Boon, Un plan parfait auront eux aussi du mal à être rentabilisés, malgré une promotion et une mise en place massive dans les cinémas (plus de 900 copies pour Cloclo). Déception encore pour les très réussis Hunger Games qui ont pulvérisé les records aux Etats-Unis mais sont restés à un niveau très modeste en France. De même pour Spielberg dont le Cheval de Guerre a laissé tout le monde indifférent.

Autres déceptions, plus cruelles, avec des bides très lourds. Bowling avec Catherine Frot et Mathilde Seigner, Associés contre le crime avec la même Catherine Frot, Comme un Chef avec Jean Réno, le Capital de Costa Gavras avec Gad Elmaleh, Thérèse Desqueyroux, Le magasin des suicides, Maman ont tous réalisé des scores très éloignés des ambitions de leurs producteurs, parfois injustement. La palme revient peut être à Do not Disturb de Attal avec Cluzet, Gainsbourg et Casta, l’échec le plus incompréhensible de l’année malgré un sujet difficile. Plus que jamais, la question du nombre de sorties hebdomadaires, souvent supérieur à 15 films est posée, pour éviter l’embouteillage et le passage à la trappe de certains films qui auraient mérité mieux.

Mais 2012 a aussi (et heureusement) dévoilé quelques hits inattendus. Le succès phénoménal du Prénom n’avait pas été anticipé, 3,3 millions de spectateurs enthousiastes, portés par un bouche à oreille ultra efficace. Chabat n’a pas failli et a enchainé un nouveau succès avec son adaptation réussie du Marsipulami qui se paie le luxe d’attirer largement plus que le dernier Asterix, une BD pourtant largement plus populaire. La force des castings a permis à La vérité si je mens 3 et Les Seigneurs d’assurer leurs arrières mais l’on est bien plus impressionné par les quelques 2 millions d’entrées de Jacques Audiard avec De rouille et d’os, les surprenants 1,5 million de Mince Alors, comédie tout en formes de Charlotte de Turkheim et les 3 millions de Taken 2 qui triple le score du premier opus. Côté français toujours, on apprécie le succès confirmé de notre animation nationale qui avec Zarafa et Kirikou montre qu’elle peut tenir tête aux mastodontes américains en jouant la carte de la différence et de l’exotisme.

Deux autres tendances à remarquer. Le succès de films sans casting, comme Les Kaira, Projet X, et Camille redouble, qui ont misé sur un concept et un bouche à oreille viral, pour le meilleur. A l’opposé, la cote des acteurs a parfois été modifiée au vu des résultats de cette année. On pensait Catherine Frot insubmersible mais elle a essuyé deux déceptions : une adaptation de trop d’Agatha Christie et un film choral, genre qui réussit peu à l’actrice. Une fois retournée seule en scène, elle a retrouvé son public habituel et 1 million de spectateurs l’ont acclamé dans Les saveurs du palais. Fausse alerte donc. Nos deux stars de l’année sont cependant sans conteste Cotillard d’un côté qui a porté le succès international de De rouille et d’os et puis Jean Dujardin, auréolé du succès de The Artist qui a réussi à attirer sur son seul nom plus de 2 millions de spectateurs pour revisiter un genre tombé en désuétude, le films à sketchs. A une autre échelle mais tout aussi impressionnant, Luchini confirme qu’il fait partie des seuls acteurs réellement bankables, n’ayant connu quasiment aucun échec depuis 10 ans quand il tient le haut de l’affiche, même dans des projets difficiles comme le Dans la Maison de Françrois Ozon.

Les chiffres finaux ne sont pas encore tombés mais en raison d’un dernier trimestre très faiblard, l’année 2012 n’égalera pas l’incroyable année 2011 portée par les 19 millions d’entrées d’Intouchables. Le box office français reste à des niveaux corrects ainsi que la part de marché des films français. Pas d’inquiétude et de crise en vue. On remarquera juste que les chiffres dépendent de plus en plus de la qualité et de l’offre. Et c’est tant mieux. Skyfall qui fait mieux que Twilight, c’est une victoire en soi.

Gilles Herail

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Gilles Herail

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