Cinema
Berlinale, jour 2 : Bouchareb et Berger pâlichons en compétition

Berlinale, jour 2 : Bouchareb et Berger pâlichons en compétition

07 février 2014 | PAR Yaël Hirsch

Alors que Berlin se remet à peine des mille et une paillettes et des dix stars que lui a amené le vent joyeux de son film d’ouverture : Budapest Grand Hotel de Wes Anderson, cette première journée de compétition n’a pas tout à fait tenu ses promesses. Ouvrant le feu, le réalisateur allemand Edward Berger a livré un portrait un peu fastidieux et académique de deux enfants abandonés à eux-mêmes par une mère sans tête à Berlin; et dans son remake très libre de Deux hommes dans la ville, Rachid Bouchareb a décidé de donner à un Forest Whitaker le rôle tenu autrefois par Alain Delon et plisse les yeux, en victime, tout au long du film…

Température douce, lever et coucher de soleil pommelés et poétiques, cette 64ème Berlinale commence sous les meilleurs auspices de Madame météo et l’on sait comme c’est important pour tenir le standing des tenues légères du red carpet, côté stars, et pour courir d’une projection à l’autre sans mourir de froid entre deux, côté presse. Le déferlante de stars du Wes Anderson étant surtout masculine (Brody + Goldblum + Norton), il y eu la classe de Tilda Swinton, mais la fashion cible de ce festival est définitivement la jurée la plus lumineuse du monde : Greta Gerwig. En cette journée de vendredi, elle est arrivée aux projections du matin toute pimpante et donnant un avant-goût de printemps avec une marinière absolument irrésistible de sans- prétention.

Le début de la compétition a été marqué par un thème qui semble pouvoir dominer le festival : celui de l’enfance grandie trop vite. Dans Jack, le réalisateur allemand Edward Berger met en scène deux frères berlinois, un de 11 ans et un de 5 ou 6 ans, délaissés par une jolie maman trop jeune et trop dispersée. Du coup, Jack, l’aîné, se retrouve avec une multitude de responsabilités qui ne sont pas de son âge et oscille entre des envies d’enfants et des réflexions d’adulte prématuré, des élans d’amour fou pour sa mère, et l’amère constatation que cette dernière ne joue pas le rôle qu’elle devrait assumer. Une jolie photo et de bons et très jeunes acteurs tiennent le film; mais avec son rythme plombant et son scénario sans aucune originalité, ce Jack semble avoir été vu 1000 fois et n’émeut pas.

Voir notre critique de Jack.

Aidé par Yasmina Khadra pour son scénario, et secondé par un casting international bluffant, Rachid Bouchareb ne parvient pas à sortir son pseudo-western des ornières du cliché. A l’image de son titre ronflant, les voies de l’ennemi s’étale dans le banal, alors même qu’il commençait comme un contre-produit éclatant. Même la performance de la formidable complice de London River, Brenda Blethy ne peut sauver le film, ni du surjeu de Harvey Keitel terrifiant en papy chérif et de l’éternel regard du cocker battu de Forest Whitaker qui a bien du mal à nous faire croire que le type qu’il interprète est à la fois brave, pieux musulman et meurtrier. La voie de l’ennemi est un film d’autant plus frustrant qu’il commence bien, que Bouchareb maîtrise ses plans du désert au millimètre et qu’on aurait envie de se glisser dans son univers.

critique de la Voie de l’ennemi.

Et ce soir, puisque Jennifer Lawrence ne vient pas, on boude l’excellent American Bluff (par ailleurs déjà chroniqué sur Toute La Culture), pour profiter de la ville. Un début de Berlinale un peu décevant, donc, mais qu’une longue marche dans la capitale et qu’un petit aperçu du beau programme de la semaine a vite relevé. On a hâte de vous parler de la suite… en des termes plus élogieux.

visuels©Yaël Hirsch

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[Compétition] Jack, de Edward Berger, deux enfants seuls dans Berlin
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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