Cinema
[Berlinale, Compétition] « In Order of Disappearance » de Hans Petter Moland

[Berlinale, Compétition] « In Order of Disappearance » de Hans Petter Moland

10 février 2014 | PAR Yaël Hirsch

Polar nordique aux paysages de neige sublimes et aux dialogues étincelants d’esprit, In order of disappearance est la bouffée d’oxygène et d’intelligence d’un public à mi-compétition. Un film qui joue avec les codes du film de gangster et les clichés sur la social-démocratie nordique, pour notre plus grand plaisir…

[rating=4]

Alors qu’il mène une vie bien rangée en déblayant les routes enneigées de la campagne norvégienne, Dickman (Stellan Skarsgård rescapé des orgies de Nymphomaniac), la soixantaine accomplie, voit sa vie bouleversée par la mort de son fils. Officiellement, il s’agit d’une overdose, en fait c’est un règlement de compte de dealers de cocaïne. Le baron encore frais et musclé prend alors son meilleur chasse-neige pour traquer un à un les malfrats responsables de la mort de son seul enfant. ll remonte une chaîne d’huiles au surnoms très Mafieux mais aux patronymes parfaitement norvégiens pour arriver vers un personnage absolument irrésistible : « Le comte » (formidable Pål Sverre Hagen). Mi-queue de cheval blonde, décors design bleuté et verre de jus de carotte bio à la main, ce « fils de » assez hystérique est aussi un tout jeune père divorcé qui essaie d’emmener son fils à l’école avec la porsche grise immaculée dans laquelle il règle son juteux trafic de cocaïne. Sauf que « Le comte » n’est pas le seul sur le marché : il l’a partagé avec un groupe de serbes (avec en parrain, un génial Bruno Ganz caricaturant Brando). Le règlement de compte personnel du provincial papa vengeur vient mettre de l’huile sur le feu déjà bien alimenté des relations entre gangs de dealers.

Paysages de neige ébouriffants et cadrés au cordeau, dialogues étincelants (on a gardé la belle idée que seul un pays du Nord a besoin d’un Etat-Providence fort parce que plus au sud et au soleil, il suffit de récolter les bananes sur les arbres pour les manger), ce pastiche très esthétique de film de gangsters classique met ouvertement mais jamais lourdement en cause les normes du genre et les tire vers un multiculturalisme assumé, au cœur même de la Norvège. Ainsi, comme le titre le promet, l’ordre de disparition du générique est marqué par le nom, un écran noir et l’insigne religieux qui apparaît sur la tombe de chaque nouveau cadavre. De même, la seule femme du film est une parfaite potiche de grande classe, parfaitement jouée par  la journaliste danoise de Borgen : Birgitte Hjort Sørensen. Mais cette dernière n’est ni désirable, ni rédemptrice puisqu’elle est avant tout une mère qui essaie de récupérer son enfant des mains du comte. Du coup, rien n’est attendu, mais tout détonne et séduit dans ce film qui ne boude pas ses petits plaisirs gores et qui multiplie les effets de style très plaisants. Une grande bouffée d’air frais au cœur de la compétition.

In Order of Disappearance (Kraftidioten) de Hans Petter Moland, avec Stellan Skarsgård, Bruno Ganz, Pål Sverre Hagen, Birgitte Hjort Sørensen, Jakob Oftebro, Anders Baasmo Christiansen, Norvège, 2013, 115 min. En compétition.
Visuel : (c) photo officielle du film

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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