Cinema

Au-delà, un nouveau Clint Eastwood très décevant

18 janvier 2011 | PAR Sonia Ingrachen

Avec ce nouveau film, Clint Eastwood révèle les failles de son cinéma qui a malheureusement de plus en plus tendance à verser dans le sentimentalisme ennuyeux.

Adapté du scénario de Peter Morgan, excellent scénariste du Dernier Roi d’Ecosse, Au-delà aborde trois histoires qui ont toutes pour thème la question de la mort. On découvre Marie, une journaliste française qui est confrontée à une expérience de la mort imminente, profondément marquée par cet evènement. Nous suivons la vie modeste de George, un américain affecté d’un don de voyance qu’il vit comme une malédiction. Enfin Marcus, un jeune garçon de Londres touché par la perte de son frère jumeau qui meurt sous ses yeux. C’est autour de ces trois personnages que se situe l’intrigue. Au-delà prend  la forme d’un film choral, ce genre délicat qui suppose une certaine finesse dans le maniement du scénario. Certains réalisateurs ont excellé dans le genre par le traitement complexe de ces histoires emboîtées et par l’immense toile qu’ils ont réussi à tisser entre les personnages. Robert Altman (Short Cuts), Quentin Tarantino (Reservoir Dogs, Pulp Fictions), Thomas Anderson (Magnolia), Paul Haggis (Collision) ou Iñárritu (Amours Chiennes, 21 Grammes, Babel) ont réussi à créer des destins croisés palpitants.
Comme pour ces films, c’est le hasard et l’accident qui réunit nos personnages. Malheureusement, Clint Eastwood échoue là où ces derniers ont réussi. Il nous propose un film dont la fragmentation n’est pas un atout mais une faiblesse, les liens entre les personnages sont superficiels voir artificiels, le tout enrobé dans un thème traité de manière peu original et ennuyeuse (le fantastique affleure sans jamais se révéler). C’est d’autant plus étonnant que Clint Eastwood peint habituellement brillamment les blessures de l’âme humaine.

La partie la moins bonne est celle qui se déroule en France. Elle souffre de nombreuses répétitions qui n’apportent finalement rien au film, l’obsession de Marie face à son expérience de la mort en devenant même agaçante. Pire, le questionnement de son personnage sur l’au-delà et la parapsycholgie semble daté. Moins puissante et plate, cette partie révèle encore une fois les difficultés pour les cinéastes américains à filmer des séquences sur le vieux continent (voir les séquences françaises dans Inglorious Basterds).
Quant à l’histoire de ce jeune garçon londonien, cette partie est assez moyenne, elle aurait été plus sincèrement touchante si elle n’avait pas versé autant dans ce sentimentalisme qui tire les larmes (dommage les deux acteurs sont prometteurs). La fin d’un mielleux affligeant nous fait  sourire tant elle parait artificielle.

Pourtant, quelques scènes se détachent du film nous offrant quelques belles séquences malheureusement trop rares.
Ainsi, le film s’ouvre sur une impressionnante séquence où Cécile de France est confrontée à un tsunami dans le sud-est asiatique. La beauté des effets spéciaux et la vitesse dans lequel Au-delà nous embarque nous laissaient espérer un autre film. Enfin, le personnage joué Matt Damon est le plus réussi car il nous révèle le quotidien de cet homme seul qui ne supporte plus ce fardeau qui empêche toutes relations avec les autres. Sa solitude est brillamment mise en scène et montre comment ce jeune homme s’est peu à peu coupé du monde. Alors, lorsque Clint Eastwood film une scène de dégustation entre lui et sa coéquipière Mélanie (Bryce Dallas Howard qui disparait trop vite du film) lors d’un cours de cuisine, c’est un pur moment de magie, un plaisir pour les sens.

C’est dans cette peinture des petits riens, lorsqu’il est au plus proche de ces personnages, que Clint Eastwood fait mouche.

Au-delà, titre original Hereafter

Date de Sortie : 19 janvier 2011

Réalisé par :Clint Eastwood
Avec :Matt Damon, Cécile De France, Jay Mohr, Richard Kind, Thierry Neuvic, Frankie McLaren, George McLaren, Lyndsey Marshal,Mylène Jampanoï, Stéphane Freiss..

 

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Sonia Ingrachen

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