Cinema
AS IF I AM NOT THERE : L’horreur de la guerre des Balkans racontée à travers les yeux de Natasa Petrovic

AS IF I AM NOT THERE : L’horreur de la guerre des Balkans racontée à travers les yeux de Natasa Petrovic

20 février 2013 | PAR Juliette Hebbinckuys

Pour son premier film, Juanita Wilson (journaliste irlandaise nommée à l’Oscar en 2008 pour son court métrage « The door ») adapte le roman de Slavenka Draculic « As if am not there », paru en France sous le titre « Je ne suis pas là ». Avec retenue et sobriété, la réalisatrice nous livre un film en dents de scie, insoutenable par sa cruauté mais remarquablement interprété par sa comédienne principale, Natasa Petrovic…

L’histoire nous plonge dans la vie de Samira, jeune institutrice qui se retrouve déportée dans un camp pendant la guerre. Malheureusement, la jeune femme est jolie et elle est vite choisie pour « amuser » les soldats. Même si le récit se situe pendant la guerre de Bosnie Herzégovine (1992-1995) on ne retrouve pas de revendications politiques ou religieuses, et c’est à peine si on devine qu’elle est bosniaque et que ses geôliers sont serbes, tant le sujet du film n’est pas cette guerre mais bien la cruauté de ses protagonistes. Ou plutôt : comment survivre et se (re)construire en ayant vécu l’horreur ? Ici, Juanita Wilson n’y va pas par quatre chemins, elle décide de nous montrer la réalité telle qu’elle est, telle qu’elle fut, quitte à choquer les spectateurs présents dans la salle. A travers un cinéma témoin, qui cherche avant tout à raconter une vérité aussi insoutenable soit-elle, elle filme l’horreur. Une scène de viol interminable, la femme réduite à l’état d’objet, la noirceur de l’être humain, tout y est pour nous indigner et nous ébranler.


Le film est avant tout porté par la performance de Natasa Petrovic, qui incarne à la perfection le rôle de Samira. Troublante de sincérité, cette jeune actrice pourrait faire parler d’elle dans les années à venir tant son regard et sa présence en font un atout majeur du film dans lequel elle joue. Pourtant, malgré son interprétation sans faute, on s’interroge : sans être complètement ennuyante, l’histoire se traîne et le rythme s’essouffle. A vouloir faire quelque chose de trop contemplatif, Juanita Wilson nous perd et nous prouve que dans un film, les images ne sont pas toujours suffisantes pour ressentir les souffrances de ses personnages. On regrettera alors l’absence d’une voix off, capable de nous raconter les moments inexpliqués, ou le manque de dialogues qui auraient pu servir à la narration.  On sent clairement la femme qui se cache derrière la caméra, quitte à avoir un point de vue un peu trop féminin sur l’action et les réactions de Samira, ce qui perd en crédibilité. Et surtout, on se demande comment elle fait pour changer tant de fois de vêtements et rester assez jolie malgré ce qu’elle subit. 

 

Outre ces interrogations, on retiendra que ce film mérite d’être vu. Même s’il passe après « Au pays du sang et du miel » de Angelina Jolie sorti en 2011, et que l’impression de déjà vu se fait parfois ressentir, ces deux œuvres ne sont pas comparables. Elles ont avant tout le mérite d’exister et de témoigner  de l’horreur d’une guerre assez proche mais trop souvent oubliée.


 

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