Cinema

Animal Kingdom: Meute blessée

28 avril 2011 | PAR Sonia Ingrachen

Il y a des films qui vous prennent aux tripes dès la première image et qui ne vous lâchent pas jusqu’à la dernière : Animal Kingdom fait partie de cela. David Michôd nous offre un film en clair obscur sur la déréliction d’une famille de gangsters à Melbourne. Une tragédie familiale passionnante!

Cette famille, nous la découvrons à travers les yeux de Joshua, un adolescent à la carrure imposante mais au visage enfantin qui se retrouve propulsé, après la mort de sa mère, dans l’antre de ces loups. Il ne pouvait pas arriver plus mal : les criminels sont en pleine chute libre traqués par la police de Melbourne, un autre royaume tout aussi violent. David Michôd choisit de placer son intrigue alors que certains d’entre eux se rendent compte que le crime ne paie plus, le réalisateur détourne ainsi habilement les codes du film de gangsters : ici point de grandes actions, de scènes sanglantes ou de poursuites à gogo, seulement une famille dont on suit le quotidien (regarder la télévision, faire un barbecue, aller au supermarché) et dont les rares instants de pure violence sont filmés avec distance. Car la virtuosité d’Animal Kingdom c’est que tout se joue dans l’ambiance du film. L’ immobilisme et la banalité apparente de ce qui se déroule sous nos yeux ne fait qu’accentuer notre impression d’être face à l’inévitable. On ne peut qu’être happé par cet univers franchement anxiogène où la violence pénètre les moindres recoins, la menace pèse dans l’atmosphère et nous colle à la peau sans que l’on ne sache jamais à quel moment elle prononcera sa terrible sentence.
Pour représenter ce royaume mortifère, Michôd opte pour une mise en scène raffinée, au rythme lent et sombre mais où nos sens sont à l’affût de la moindre menace. Michôd fait l’économie des scènes de violence spectaculaire même dans cette fameuse scène du meurtre de la jeune fille, l’une des scènes les plus percutantes du film, la violence y est habilement redoublée par l’inaction du frère cadet Darren, spectateur incapable de réagir face à la monstruosité de Pope.

Des banlieues pavillonnaires aux marges désertiques, c’est Melbourne qui devient le théâtre de ces règlements de compte. Michôd témoigne d’une véritable fascination pour les soubassements de cette ville comme New York l’est pour Scorsese et James Gray. Les personnages hantent Melbourne de leur présence animale, tous un peu plus barrés les uns que les autres. A commencer par Pope, un monstre froid dont la carrure un peu frêle masque les pires folies meurtrières et mégalos. Ce sont ses actions qui condamnent définitivement la famille. A ses cotés on retrouve Craig l’impulsif coké jusqu’au bout du flingue, et Darren le bébé condamné à être la marionnette de ses frères.
En chef de meutes on découvre une matriarche ( trop trop) aimante, la désarmante Smurf Cody prête à tout pour sa famille quitte à sacrifier l’agent perturbateur (sa propre fille et son petit fils). Le sourire aiguisé de Smurf cache les pires manipulations. On retrouve ce même type de personnages à la tendresse hypertrophiée dans Black Swan ou Fighter, ces héroïnes tragiques et lugubres aiment tout autant qu’elles martyrisent. Mais même les manoeuvres sadiques de Smurf ne pourront pas grand chose face à la tragédie qui s’abat sur la famille, puisque les oncles disparaissent les uns après les autres resserrant de plus en plus l’étau sur Joshua. Tombé dans la gueule du loup, le jeune homme va devoir choisir sa place et être autre chose qu’un simple spectateur de ce monde, quitte à perdre en route, son innocence.

Animal Kingdom de David Michôd
Avec James Frecheville, Jacki Weaver, Bryce Lindemann…
Sortie : 27 avril

Medi en concert au Café de la Danse
Poum Tchack en concert au Café de la Danse
Sonia Ingrachen

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *