Cinema

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Aloïs Nebel ou la pudeur comme remède à la souffrance

22 février 2012 | PAR LLT

Le film d’animation en noir et blanc de Thomas Lunak est l’adaptation de la trilogie à bulles Aloïs Nebel de Jaroslav Rudis (scénariste du film) et de Jaromir 99. Nominé aux Oscars dans la catégorie Film étranger, l’œuvre est un condensé des trois tomes de la bande dessinée. Il sortira le 14 mars au cinéma.

1989, la révolution de velours est en marche, le régime Tchécoslovaque est en passe de s’écrouler. Aloïs Nebel est chef de gare à Billy Potok, un village perdu dans les plaines glaciales des Sudètes. Esseulé, Aloïs a souvent des visions. Des souvenirs brumeux surgissent du passé et le hantent, le torturent psychiquement. Ces réminiscences proviennent de son enfance à Billy Potok. C’était en 1945, après la défaite de l’Allemagne nazi, plus de trois millions d’allemands ont été chassé avec virulence hors des Sudètes. Le personnage oscille entre le présent et ses cauchemars, entre 1989 et 1945, deux dates clefs de la République Tchèque. Mais que s’est-il passé ce jour de l’année 1945, pour que Aloïs soit envahi par une douleur et une souffrance inavouable et indicible?

Comme le dit Jaroslav Rudis, créateur de la BD et scénariste du film, il y a en Europe de l’est une tendance à réaliser des bandes dessinées humanistes qui permettent d’aborder l’Histoire mais aussi la douleur qui en découle. Et toute la souffrance et les émotions des personnages sont très bien rendues dans l’oeuvre cinématographique grâce à un procédé datant de 1915. Il s’agit de la rotoscopie qui consiste à dessiner sur une image filmée auparavant. Vous pouvez découvrir ce concept dans Tron de 1982,  Pocahontas de 1995 ou encore dans le générique du Bon, la brute et le truand. De vrais acteurs ont donc joué dans ce film d’animation qu’est Aloïs Nebel et cela donne une fluidité et une intensité aux  expressions du visage et aux mouvements des personnages. L’image en noir et blanc et son traitement spécial sollicite les jeux d’ombres et de lumières. Ce qui procure un esthétisme incroyable et révèle l’âme tiraillée de Aloïs et du muet.

Les non-dits et les non-montrés des scènes difficiles dévoilent une pudeur touchante et d’une finesse remarquable. L’implicite donne une profondeur et une âme aux souffrances des personnages. Et surtout à Aloïs, anti-héros silencieux.: Chef de gare d’une province des Sudètes, envoyé en asile car ses maux et sa douleur intériorisée refont surface, viré de son poste et enclin à une dualité presque destructrice. Mais par la rencontre avec Kveta, dame pipi de la gare de Prague, il réussit à se laisser emporter par d’autres sentiments comme l’attachement, l’affection et l’amour. L’amour qui va l’aider à laisser s’en aller ses souvenirs brumeux, chargés de violence et de souffrance. L’amour qui va le faire renaître et ressentir à nouveau. L’amour comme construction de l’image de soi.

Nul doute que ce film représente un pan de l’Histoire tchèque et raconte avec une pudeur nécessaire la vie d’une génération. Des hommes qui ont traversé et survécu aux deux grandes périodes totalitaires du XXe siècle. D’une part l’occupation nazie et d’autre part l’expulsion de millions d’allemands des Sudètes par le régime communiste.

 

Catalogue Signé Dali La collection Sabater
Le 14ème Printemps des Poètes dès le 5 mars
LLT

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