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Alaa Eddine Aljem : « On a tous besoin de croire en quelque chose ensemble pour aller de l’avant »

Alaa Eddine Aljem : « On a tous besoin de croire en quelque chose ensemble pour aller de l’avant »

16 mai 2019 | PAR Sabrina Obadia

Alaa Eddine Aljem est un réalisateur Marocain. Son film The Unknown Saint est l’un de nos coups de cœur, en compétition à la Semaine de la Critique. Rencontre.

 

Comment cette idée très originale est-elle née ? 

Il y a un dénominateur commun avec les courts métrages que j’ai fait. Souvent, j’essaie de partir d’une situation absurde et à chaque fois l’exploiter  dans son potentiel dramatique. J’ai tourné deux, trois fois dans ces décors. Et en me baladant dans du sud marocain, j’ai vu des petits mausolées blancs au milieu de nulle part. J’ai trouvé cela très beau. Une fois je me suis arrêté devant l’un d’entre eux. Il y avait un vieux monsieur. Il m’a dit qu’il gardait un Saint très puissant. Je lui ai demandé comment il s’appelait. Il ne savait pas et j’ai trouvé cela très drôle. Plus on descend dans les pays du sud et plus c’est drôle.

Comment avez vous créé vos personnages ?

Tout le film fonctionne par binôme. J’aime filmer les couples. Le médecin et son infirmier, le voleur et son acolyte, le coiffeur et le gardien, le père et le fils abandonnés. Ce type d’humour se crée dans l’interaction. J’aime les échanges de regard, les silences. Il y a une panoplie de personnages, chacun a son univers et son histoire. C’est un film chorale. Chacun doit se croiser et s’imbriquer.

Certaines séries vous ont-elle inspirées pour écrire votre film ?

 (Rire). Je regarde quelques séries mais je ne crois pas. C’est très différent. il y a une forme de petits récits dans le grand récit, on peut le retrouver dans des séries mais il n’y a pas de psychologie des personnages. il n’y a pas de back story. Il y a des codes. Les voleurs sont habillés en noir, le médecin en blanc. Je suis citadin mais je suis un grand observateur. J’adore regarder les gens. Ma sœur est médecin et elle a été mutée dans un village où elle ne comprenait pas la langue. Elle avait de l’alcool et un désinfectant. Les gens venaient la voir juste pour changer d’air.

Pourquoi avoir choisi de faire un film sur les croyances ?

On a tous besoin de croire en quelque chose ensemble pour aller de l’avant. Sans récit fondateur, on est un groupe d’individus dans un espace géographique. C’est ce qui arrive à ce village. l’ennui est toujours là. Ça fait partie de la vie. Ils dealent avec le temps. Le film observe une microsociété en changement et il parle de ce rapport à la foi et à l’argent sans parler de religion. C’est la question de la croyance populaire. Le mausolée est un lieu spirituel, ce n’est pas un lieu religieux. Le film a une distance et une pudeur. Personne n’est dénigré. On rigole avec mais pas de. Mes personnages sont tous attachants, je les aime. Tout était écrit ?Réalisateur : tout le découpage a été fait en photo. Je n’ai pas fait de story board mais tous les cadrages ont été très travaillés. On a beaucoup parlé avec les acteurs. Ils ont fait des essais. . Il y a une confiance entre nous. Les rythmes sont à trouver sur le tournage (36 jours)Tout le film a été tourné en plan fixe, plan moyen ou large, avec 2 objectifs 35 et 50 millimètres,  proche de l’oeil humain. Tout le film a été pensé comme des petits tableaux. Tous les espaces sont bien fragmentés. Les personnages sortent et rentrent. La lumière est travaillée comme une fable, elle révèle. Le coté réaliste et féerique. L’esthétisme prime sur le réalisme. J’ai choisi une musique très neutre sans chercher une émotion. Elle est placée sur des moments de transition. 

The Unknown Saint, Le Miracle du Saint Inconnu de Alaa Eddine Aljem, Sélection 2019-MAROC / FRANCE / QATAR 2019 1H40 VO ARABE (DARIJA)- PREMIÈRE MONDIALE-Compétition Long métrage

Retrouvez tous les films des différentes sélections dans notre dossier Cannes 2019

Visuel : ©Semaine de la Critique

 

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