Cinema

Le miracle du Saint Inconnu à la Semaine de la critique, un voyage étonnant

Le miracle du Saint Inconnu à la Semaine de la critique, un voyage étonnant

16 mai 2019 | PAR Sabrina Obadia

 

Un voyage étonnant dans le désert marocain, des croyances qui emprisonnent autant qu’elles comblent l’ennui, des personnages tranchés mais authentiques, et une dramaturgie de situations caustiques qui composent un film burlesque et très réussi. 

Ce premier long métrage prometteur signé Alaa Eddine Aljem raconte l’histoire surréaliste d’Amine, un voleur qui s’enfuit dans le désert pour échapper à la police après avoir volé une grosse somme d’argent.  Au sommet d’une colline, il enterre son butin sous une tombe traditionnelle qu’il édifie de ses propres mains. Il est arrêté quelques minutes plus tard. A sa sortie de prison, il part chercher son sac et découvre avec stupeur que sa cachette est devenue le Mausolée du «  Saint Inconnu »  qui fait des miracles. La colline du désert s’est transformée en un lieu de pèlerinage, surplombant le village qui vit au rythme de traditions inventées de toutes pièces. Les personnages poussent l’absurde et le burlesque à son paroxysme. Le coiffeur s’autoproclame dentiste et crée des dents en or au chien du gardien du Mausolée. Le médecin administre le même traitement à toutes les femmes du village qui le visitent pour se distraire. L’infirmier fait de savants mélanges d’alcool qu’il ingurgite tout au long de la journée. Amine n’a pas d’autre choix que de s’y installer quelques jours s’il souhaite récupérer son butin. Il va devoir faire preuve d’ingéniosité, et choisir entre l’argent et ses croyances. Une réalisation contemporaine, sobre, un casting brillant, des dialogues et une musique minimalistes, une esthétique au service de l’oeuvre qui nous interroge sérieusement sur la place que nous laissons à nos croyances.

Sommes-nous emprisonnés par nos traditions ? Nos croyances nous permettent-elles de combler l’ennui ? Sans elles, quelle vie aurions-nous réellement choisie ?  

La maturité étonnante et le talent singulier de ce jeune réalisateur marocain ( voir notre interview ) nous incite à suivre ses prochains films.

Le Miracle du Saint Inconnu (Darija) de Alaa Eddine Aljem, Sélection 2019- Maroc/France/Qatar 2019 –  1H40 VO arabe – première mondiale – Compétition long métrage – La Semaine de la Critique. 

Retrouvez tous les films des différentes sélections dans notre dossier Cannes 2019

 

 

 

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Sabrina Obadia

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