A l'affiche
Quand la comédie feel good se la joue Top Chef, la mode des « films de cuisine »

Quand la comédie feel good se la joue Top Chef, la mode des « films de cuisine »

23 décembre 2014 | PAR Gilles Herail

La nourriture était symbole de surconsommation dans la Grande Bouffe et de résistance contre l’uniformisation pour la sauvegarde de la France des terroirs dans L’aile ou la Cuisse. Depuis plusieurs années, l’art culinaire a retrouvé une place de choix au sein du cinéma populaire, qui multiplie les personnages de chefs et les comédies de cuisine. Tour d’horizon de ce cinéma top chef en plein essor.

Le cinéma populaire fonctionne souvent par vagues. La tendance nostalgique du cinéma familial, post choristes, dont on vous parlait ici. Les comédies sur le multiculturalisme qui essaiment de plus en plus et vont sortir renforcées du succès du Bon Dieu. Les chroniques Girl Power (Bridesmaids, LesGazelles, Sous les jupes des filles etc.). Et ces fameux films de cuisine. La mode a surement été (re) lancée avec Pixar et son Ratatouille. Déclaration d’amour à la France, à l’artisanat, à la bonne bouffe, à la simplicité raffinée. La firme à la lampe a mis la barre très haut en filmant la préparation culinaire comme un grand huit de cinéma d’action. Avec une virtuosité ébouriffante qui donne à chaque scène en cuisine une énergie unique. Le cinéma plus poétique qu’alimentaire de Brad Bird avait donné l’une des plus belles scènes de ces dernières années. Une simple ratatouille, préparée avec amour, émouvant aux larmes un critique ayant perdu le goût des bonnes choses. 7 millions d’entrées en France et un carton mondial. La mode était lancée.

Avec un peu de retard sur le phénomène culinaire à la télévision et ses déclinaisons à l’infini de « concepts » occupant du temps d’antenne à la pelle, le cinéma s’est emparé d’un sujet devenu phénomène de société. Deux productions américaines récentes représentent bien une première logique de production. Un cinéma pour classes moyennes urbaines, âgées, cherchant du confort, de la joliesse, des bons sentiments et des couleurs. Avec une touche de « parlez-vous français » qui donne encore plus envie. Le récent Les Recettes du Bonheur incarne à merveille ce genre naissant. avec de l’exotisme, de l’Inde, de la France et une histoire de success-story. Tout comme le Chef de John Favreau avec Scarlett Johansson et Robert Downey Junior et Adam Jones (en tournage) réunissant Bradley Cooper et Omar Sy.

Les films français ne sont pas en reste. Et plusieurs films récents ont choisi l’univers du restaurant pour y installer leurs histoires. Chez Gino, fable jouissive de Samuel Benchetrit avec José Garcia et Ana Mouglalis s’installait dans une pizzeria pour retrouver le souffle de l’Italie fantasmée par le réalisateur. Chef avec Jean Réno et Mickael Youn suivait les aventures d’un vieux de la vieille prenant sous son aile un jeune concurrent prometteur. Le dernier succès en date revient à Catherine Frot dans Les saveurs du Palais. A la fois très attendu dans son discours mais offrant aussi un portait de femme inattendu. Cette cuisinière attaché aux terroirs, aux produits et aux plats traditionnels, contactée par L’Elysée pour devenir la chef officielle du président Mitterand. Avec qui elle tissera des liens de confiance et d’amitié, autour de petits gueuletons et d’un plaisir partagé de la bonne bouffe.

La notion de plaisir revient beaucoup dans les films cités. Le feel-good n’y passe pas seulement par les bons sentiments mais aussi la jouissance du temps long, de la préparation, de la dégustation, qui permet de s’échapper au rythme infernal du quotidien. La cuisine devient alors parfois un personnage secondaire essentiel. Quand les leçons de cuisine de Matt Damon deviennent un ballet sensuel pour les meilleures scènes d’Au-delà de Clint Eastwood. Donnant du mystère et du charisme à Roschdy Zem dans On a failli être amies. S’aventurant aussi dans le cinéma d’auteur comme arrière-plan essentiel pour Soul Kitchen ou The LunchboxVéritable sujet de cinéma, nécessitant une mise en scène inventive pour faire passer les odeurs à travers l’écran, la cuisine n’est pas prête de quitter les écrans. Même si les formules récentes commencent à toutes se ressembler.

En bonus, quelques images d’une folie de Stephen Chow, trop méconnu chez nous et responsable de grands n’importe quoi burlesques tous cultes (Shaolin Soccer, Crazy Kung Fu) qui nous avait donné sa vision du film de cuisine. Cela s’appelle The God Of Cookery et ça ressemble à ça ...

Gilles Hérail

[La recette de Claude] Biscuits de noël aux épices
« Hell Hell » tome 1 : un diable d’enfant
Gilles Herail

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Toute La Culture