Cinema

Chez Gino: Benchetrit nous offre un grand moment de bonheur

30 mars 2011 | PAR Gilles Herail

José Garcia rejoint la troupe habituel du réalisateur de Janis et John pour de joyeux instants de cinéma. La critique de ce film euphorisant servi par son amour bon enfant du 7ème art.

Synopsis officiel: Gino tient une pizzéria achetée avec son épouse Simone. Sa vie est bouleversée par la nouvelle de la mort prochaine de son oncle d’Italie, un parrain de la mafia. Une grosse part d’héritage est promise à Gino. Seul hic, il lui faut pour la toucher, prouver à son oncle, qu’il est bien devenu un redoutable parrain régnant sur toutes les pizzerias parisiennes.

Gino commande alors à un réalisateur, un documentaire sur lui et sa famille censé les présenter comme des truands de grande envergure. Seulement le tournage ne se passe pas tout à fait comme prévu, sa famille se rebelle, l’équipe se montre récalcitrante aux ordres de Gino. Et quand un vrai mafieux, persuadé qu’il a affaire à un nouveau concurrent s’en mêle, c’est la panique.

Samuel Benchetrit est l’auteur d’une filmographie de groupe où la troupe vole la vedette au premier rôle. En deux films, le réalisateur a su forger une marque de fabrique, un tempo et une approche personnelle de la comédie. Janis et John était l’occasion d’un hommage à la liberté rocailleuse de Marie Trintignant qui irradiait dans les pas de Janis. Le film à sketchs J’ai toujours rêvé d’être un gangster lui emboitait le pas dans une mélancolie rêveuse au fil de portraits de  gangsters élégamment sympathiques.

Ce nouvel opus, Chez Gino, sent bon la camaraderie et le plaisir de tourner un film. Loin d’être pesant dans sa mise en abyme du cinéma, Benchetrit trouve surtout un prétexte à des hommages malicieux en tout genre et à des pitreries d’acteurs hilarantes. Le casting de « gueules » et de voix est pour beaucoup dans la sympathie de l’ensemble (Ana Mouglalis, Serge Larivière, Sergi Lopez…). Cette équipe de bras cassés donne dans un surjeu jouissif dans leur faux documentaire tourné à l’arrache où le système D répond à l’amateurisme. On retrouve par instants la folie enthousiasmante du Be kind rewind (Soyez sympas rembobinez) de Gondry. Une même énergie spontanée. Une bonne humeur foutraque et contagieuse.

S’y ajoute cependant la patte d’un réalisateur généreux qui multiplie les allusions sans jamais prendre au sérieux ses citations cinéphiles. L’Italie, sa musique, son cinéma et sa légende mafieuse font partie intégrante d’un film qui ne verse jamais dans la parodie gratuite grâce au premier degré permanent de sa démarche. Benchetrit est un cinéaste muni d’un réel sens de l’image, qui sait varier les ambiances et les filtres pour mieux coller à son propos. La facture visuelle de Chez Gino fait ainsi plaisir à voir, rappelant après le jubilatoire Potiche que la réussite d’une comédie passe aussi par sa mise en scène.

Chez Gino est une œuvre insaisissable, faussement parodique et toujours hilarante. L’osmose qui règne tout au long du film permet de faire passer des moments solaires, poétiques, parfois dramatiques sans rompre l’équilibre d’une tonalité foncièrement comique. Benchetrit sort donc gagnant sur toute la ligne: son spectateur se sent bien Chez Gino et en ressort avec le sourire et une envie de voir (et de faire) du cinéma. Ce bric à brac un peu brouillon est une vraie bouffée d’air frais!

Gilles Hérail

Chez Gino, une comédie française de Samuel Benchetrit avec José Garcia, Ana Mouglalis, Serge Larivière, Sergi Lopez. Durée 1h40. Sortie le 30 mars 2011

Un conte d’hiver sans saveur au Théâtre de la Ville
Sucker Punch: Snyder entre fantasme et réalité
Gilles Herail

One thought on “Chez Gino: Benchetrit nous offre un grand moment de bonheur”

Commentaire(s)

    Publier un commentaire

    Votre adresse email ne sera pas publiée.

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


    Soutenez Toute La Culture