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Dossier : Images d’Epinal, passéisme et cinéma français. Ces films familiaux qui n’osent affronter le présent

Dossier : Images d’Epinal, passéisme et cinéma français. Ces films familiaux qui n’osent affronter le présent

24 novembre 2014 | PAR Gilles Herail

Pour le dossier French Cancan, Toutelaculture s’interroge sur les images d’Epinal. De la légèreté nostalgique au repli sur soi passéiste, il n’y a parfois qu’un pas. Retour sur cette tendance du cinéma familial français qui s’adresse aux enfants en mythifiant une France éternelle rassurante.

Belle et Sébastien, Le petit Nicolas (1 et 2), La Guerre des boutons (versions Samuel et Barratier) et en décembre Benoit Brisefer. Une quantité non négligeable des grosses productions françaises destinées aux plus jeunes d’entre nous se déroule dans la première moitié du 20ème siècle. Ou jusqu’à la fin des années 60 pour les plus aventurières d’entre elles. Beaucoup sont des adaptations de bande-dessinées ou de romans populaires. Mais aucune n’a osé transposer un univers enfantin dans le contemporain. Le genre du film familial a toujours été réduit à portion congrue en France.

Et cette obsession du passé pour plaire aux enfants apparaît de manière encore plus évidente. La tendance a été (re) lancée par Le Petit Nicolas. Gros budget, images léchées, petits garçons en culotte courte et femmes au foyer modèles. Le film fut un triomphe en salles, et la suite a aussi cartonné (à moindre échelle). L’exploitation du filon était trop tentante et Boule et Bill a suivi, avec le même succès. L’idée incongrue de ressortir des cartons la vieille série Belle et Sébastien passe comme une lettre à la poste. Et rebelote avec une suite là aussi prévue.

Les ressemblances entre les trois films sont frappantes et le constat pourrait aussi s’élargir aux 2 Guerres des Boutons. Un vieux matériau que l’on ne modernise pas sous prétexte de rester fidèle à la « légende ». Le plaisir de déguiser des enfants en petits modèles, au temps où la discipline était respectée et les bêtises, petites, mignonnes et rigolotes. La fascination pour les vieilles voitures, les vieilles cuisines, l’arrivée des grille-pains parait pourtant loin des préoccupations des enfants d’aujourd’hui. Mais rassure peut être leurs parents… L’animation française, pourtant d’une grande richesse, participe aussi parfois à ce passéisme ambiant dès que l’on touche au cinéma familial. L’époque coloniale pour Zarafa, l’Amérique des années 50 pour Arthur et les Minimoys, le Paris du début du siècle pour Un monstre à Paris. Un seul contre exemple récent, The Prodigies, très contemporain dans ses références.

Cet engouement pour le passé n’est pas anodin. Car il tranche avec une modernisation galopante des films pour ados, qui ont de plus en plus le droit de découvrir des films qui leur ressemblent (ou tentent de le faire). Neuilly sa mère, A toute épreuve, Hellphone, Babysitting, Les Profs.  Plusieurs réalisateurs ont tenté de se frotter au 21ème siècle, en risquant d’être à côté de la plaque, mais en proposant autre chose que des 2CV. Au-delà des décors, des valeurs familiales traditionnelles et d’une nostalgie bien pensante, l’absence de films pour enfants installés dans la France des années 2010 laisse aussi le champ libre aux productions américaines. Et leurs valeurs parfois grossièrement véhiculées.

Ne perdons pas espoir, avant Belle et Sébastien 2 et Le petit Nicolas 5, d’autres types de productions auront, ont le souhaite, pu contrebalancer la tendance actuelle. Le récent Grimoire d’Arkandias, sorti il y a quelques semaines, tentait de créer un jeune héros d’aujourd’hui. En décembre prochain (en concurrence avec Benoit Brisefer), Tahar Rahim sera aussi au casting de Père Noel, une comédie familiale hivernale se déroulant en … 2014. Les cartes sont dans les mains des parents….

Gilles Hérail

Visuels et bande-annonce officiels des films.

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Gilles Herail

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