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[Critique] « La jeune fille sans mains » : Jérémie Elkaïm et Anaïs Demoustier dans une merveille de film d’animation

[Critique] « La jeune fille sans mains » : Jérémie Elkaïm et Anaïs Demoustier dans une merveille de film d’animation

12 décembre 2016 | PAR Gregory Marouze

Toute La Culture vous propose un beau voyage dans le monde imaginaire, mystérieux et quelque peu inquiétant de La jeune fille sans mains. Voilà un film d’animation – premier long-métrage de Sébastien Laudenbach – singulier, original, aux formes riches et étonnantes, qui se double d’une belle parabole sur le féminisme. Critique enthousiaste de La jeune fille sans mains par Toute La Culture !

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Le cinéma d’animation francophone se porte à merveille. Successivement nous avons pu découvrir La tortue rouge de Michael Dudok de Wit (coproduction franco-belge avec le Japon), Ma Vie de Courgette de Claude Barras et Louise en Hiver de Jean-François Laguionie.

La force de ces films d’animation est de proposer des univers stylistiques, graphiques, scénaristiques totalement différents. La jeune fille sans mains, qui sort sur nos écrans pour ces fêtes de fin d’année, ne déroge pas à la règle. Connu pour son travail dans le court-métrage d’animation (de nombreux films dont Journal, Regarder Oana, Vasco), Sébastien Laudenbach s’est battu corps et âme pour faire vivre sa Jeune fille sans mains.

Réalisateur originaire d’Arras où le film fut présenté avec succès lors du dernier Arras Film Festival, Sébastien Laudenbach propose un film qui, s’il s’adresse aussi aux enfants, peut être vu par les adultes (et sans que ceux-ci accompagnent forcément leurs bambins).

S’inspirant de l’œuvre de Olivier Py (La Jeune Fille, le Diable et le Moulin), elle même inspirée d’un conte des frères Grimm, La jeune fille sans mains propose une réflexion d’une belle maturité sur l’émancipation de la femme, le pouvoir que les hommes tentent d’exercer sur elle depuis la nuit des temps.

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Cependant La Jeune fille sans mains n’est pas un film à thèse ou à dossier. Laudenbach propose une œuvre fine, pleine de poésie, qui ne s’embarrasse pas de manichéisme. A l’image d’un graphisme et d’une animation qui renouvellent le genre, Laudenbach offre au spectateur des personnages aux caractères riches, opposés, et bénéficiant d’un casting vocal impeccable.

Ainsi, La jeune fille sans mains est interprétée de manière fort sensuelle par Anaïs Demoustier. Jérémie Elkaïm offre sa voix douce et hypnotique au Prince. Tandis que le trop rare Philippe Laudenbach compose un Diable des plus charismatiques. Les autres voix sont à l’avenant. On retrouve dans la distribution Sacha Bourdo ou encore Françoise Lebrun. Cela nous change des « Stars » de la TV réalité et animateurs choisis uniquement sur la base de leur popularité pour certains dessins animés.

Ce qui frappe quand on découvre ce premier long de Sébastien Laudenbach, c’est évidemment l’univers plastique qu’il propose. On est surpris de voir des dessins aux styles opposés qui, pourtant, se complètent et se répondent avec une belle cohérence. On est également étonné qu’un film d’animation se permette la belle liberté de proposer des dessins pas totalement terminés, qui offrent une impression d’inachevé. A l’heure où le cinéma laisse de moins en moins de place au hors champ, voici la preuve que Laudenbach fait confiance à l’imaginaire des spectateurs de son film. Qu’ils aient 7 ou 100 ans (on peut bien encore aller au cinéma à l’âge de 100 ans, non ?).

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Dans la note d’intention, rédigée pour La jeune fille sans mains, Sébastien Laudenbach écrit:

« Après avoir dû abandonner la perspective d’une production classique, faute de financement, le texte du conte de Grimm ne m’a jamais quitté. Aussi j’ai profité d’une résidence d’artistes pour me lancer seul dans une fabrication inédite pour un film d’une telle durée. Le film a été peint sur papier, du premier plan au dernier dans l’ordre chronologique, d’une façon plus ou moins improvisée ainsi que le ferait un jazzman sur un canevas. Je n’avais donc que mes mains pour animer cette jeune fille qui n’en avait plus, et bien souvent je me suis identifié à elle. Il en résulte un film qui donne une grande importance au dessin, un dessin léger et parsemé de trous, qui bien souvent ne trouve sa cohérence que lors de sa mise en mouvement, ce qui est l’essence de l’animation. Contrairement à la grande majorité des longs-métrages d’animation dans lesquels chaque image est totalement finie, La jeune fille sans mains propose une image qui n’est pas finie. Ou pour le dire autrement, qui est infinie. J’aime à penser que cet infini ouvre l’imagination du spectateur dont le cerveau, en manque, doit travailler pour en combler les lacunes. Tout comme cette jeune fille dont l’absence béante de mains l’oblige à avancer. »

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On peut se sentir flatté qu’un cinéaste ne regarde pas ses spectateurs de haut comme c’est parfois le cas. Qu’il fasse confiance à leur intelligence, ne leur mâche pas le travail.

Comme Laguionie (mais dans un genre totalement différent) Laudenbach est un artisan – il a TOUT dessiné et animé -. L’artiste raconte des histoires mais mise surtout sur les émotions et sensations que peuvent faire naître une œuvre d’art auprès du public.

La jeune fille sans mains est un conte intemporel qui peut également se voir comme un hommage au cinéma de Jacques Demy. N’y trouve-t-on pas le même culot (et la même noirceur) que dans les œuvres du cinéaste de Peau d’Âne ?

Grégory Marouzé

Synopsis : En des temps difficiles, un meunier vend sa fille au Diable. Protégée par sa pureté, elle lui échappe mais est privée de ses mains. Cheminant loin de sa famille, elle rencontre la déesse de l’eau, un doux jardinier et le prince en son château. Un long périple vers la lumière…

La jeune fille sans mains de Sébastien Laudenbach

Inspiré par Olivier Py d’après l’œuvre des frères Grimm

Voix : Anaïs Demoustier (La Jeune Fille) Jérémie Elkaïm (Le Prince) Philippe Laudenbach (Le Diable) Sacha Bourdo (Le Jardinier) Olivier Broche (Le Père) Françoise Lebrun (La Mère) Elina Löwensohn (La Déesse)

Musique: Olivier Mellano

Durée : 73 minutes

Sortie le 14 décembre 2016

Visuels: Shellac

La jeune fille sans mains – Bande annonce from Shellac on Vimeo.

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Gregory Marouze
Cinéphile acharné ouvert à tous les cinémas, genres, nationalités et époques. Journaliste et critique de cinéma (émission TV Ci Né Ma - L'Agence Ciné, Revus et Corrigés, Lille La Nuit.Com, ...), programmation et animation de ciné-clubs à Lille et Arras (Mes Films de Chevet, La Class' Ciné) avec l'association Plan Séquence, Animateur de débats et masterclass (Arras Film Festival, Poitiers Film Festival, divers cinémas), formateur. Membre du Syndicat Français de la Critique de Cinéma, juré du Prix du Premier Long-Métrage français et étranger des Prix de la Critique 2019, réalisateur du documentaire "Alain Corneau, du noir au bleu" (production Les Films du Cyclope, Studio Canal, Ciné +)

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