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« Hail Satan? » de Penny Lande : quand le diable sert la politique !

« Hail Satan? » de Penny Lande : quand le diable sert la politique !

18 septembre 2019 | PAR Simon Théodore

Dans le cadre de la douzième édition du Festival européen du film fantastique de Strasbourg était présenté, Hail Satan ?, le dernier documentaire de la réalisatrice Penny Lane. Également projeté au Sundance Festival, ce film s’intéresse au Satanic Temple, un mouvement culturel et politique né au États-Unis.

Fondé par Lucien Greaves et Malcolm Jarry en 2013, The Satanic Temple est une organisation religieuse non-théiste. Reconnu comme religion par le gouvernement, Satan n’est pas une divinité à vénérer mais un symbole de rébellion. En marge des courants satanistes cultuels puisant leurs sources dans la pensée et les écrits d’Anton Szandor Lavey de la fin des années 1960, ce mouvement culturel et politique utilise l’imaginaire satanique pour promouvoir l’égalitarisme, la justice sociale et la séparation de l’Église et de l’État.

Dans ce documentaire, la cinéaste américaine relate, à travers différents entretiens l’histoire et le récent développement de ce mouvement religieux controversé. En suivant les membres lors de différents événements, elle filme les happenings organisés dans l’espace public. L’art du troll semble être leur meilleure arme. Le résultat est un documentaire haut en couleur mêlant humour et sérieux. Il est alors difficile de saisir le parti pris par Penny Lane et le véritable poids de ce Temple Satanique mais, une chose est sûre, cette organisation s’est lancée dans une guerre communicationnelle et suscite de nombreuses réactions outre Atlantique, notamment chez les Chrétiens. Le contraste est d’ailleurs assez amusant lorsque la confrontation est filmée entre ces « satanistes » et les religieux fondamentalistes et conservateurs.

On se plait alors à suivre Lucien Greaves lors des différentes campagnes. Opération dans les écoles, fausse messe dans un cimetière pour défendre l’union de personnes de même sexe, installation d’une statue représentant le Baphomet devant le Capitole à Oklahoma dans le but revendiquer la séparation du religieux et de la politique ; les actions sont diverses et toutes plus originales les unes que les autres. Le Temple Satanique joue avec la provocation et les codes de cette société américaine pour se faire entendre et revendiquer son attachement à la démocratie. Les situations prêtent alors au sourire mais le documentaire ne tombe jamais dans le cliché et la caricature.

Le spectateur comprend alors qu’il ne s’agit pas d’une forme de religiosité, souvent associée à un antichristianisme, mais plutôt d’un mouvement de contestation et de rébellion. À travers les nombreuses interviews, les membres reviennent sur les sept grands principes de cette philosophie (inviolabilité du corps, respect de la liberté individuelle, lutte pour la justice, respect de la science, etc.). Ainsi, même si le noir, les tatouages et la musique métal semblent faire partie des intérêts et des goûts esthétiques des membres, le documentaire montre bien qu’il s’agit de dépasser la vision stéréotypée d’une tribu de gothiques complètement en marge de la société. Derrière tout ce folklore, il existe de réelles convictions politiques à prendre en considération.

En somme, ce documentaire propose une vision légère et sincère d’un courant de pensée moderne né aux États-Unis. Hail Satan ? ravira tous les curieux et ceux qui s’intéressent aux mouvements de protestation et de contestation. Néanmoins, on regrettera le manque d’informations au sujet des chapitres situés en dehors des États-Unis et sur les rapports qu’ils entretiennent avec d’autres courants satanistes contemporains.

Hail Satan? de Penny Lane. Avec Lucien Greaves, Jex Blackmore et Chalice Blythe. Genre : documentaire. durée 1h35.

Visuel : Affiche du film.

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