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Cannes 2018, en compétition : « Les filles du soleil », Éva Husson divise avec un film de guerre féminin et hollywoodien

Cannes 2018, en compétition : « Les filles du soleil », Éva Husson divise avec un film de guerre féminin et hollywoodien

20 avril 2018 | PAR Yaël Hirsch

Éva Husson, la réalisatrice remarquée de Bang Gang (lire notre article), fait son entrée dans la compétition officielle avec « Les filles du soleil« , un film trop hollywoodien sur un sujet très important : les combattantes du Kurdistan contre Daesh.
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Le 3 août 2014, les troupes de l’État Islamique envahissent les montagnes du Sinjar, au Nord de l’Irak. Ils massacrent la population yézidie locale et, la même nuit, 7000 femmes et petites filles sont capturées, vendues et transformées en esclaves sexuelles. Des groupes se créent pour les aider à s’enfuir ou les racheter. Celles qui reviennent s’engagent parfois pour former des bataillons de combattantes alliées aux Syriens du PKK et aux Peshmergas. Bachar (Golshifteh Farahani) est la commandante d’un de ses bataillons qui s’apprête à reprendre la ville où elle avait été capturée par les extrémistes quelques mois auparavant. Mathilde (Emmanuelle Bercot), journaliste française déjà blessée à Homs, couvre l’offensive. Entre nuits de veille et violence des combats, une rencontre forte a lieu entre les deux femmes.

Le sujet est très important. Les comédiennes sont puissantes. Les paysages prenants. Éva Husson s’est vraiment renseignée et le dossier de presse prend soin de fournir tout le contexte du film. Et pourtant, le film Les filles du soleil, dans l’esprit de son titre, est tout ce que l’on craint d’une fresque cinématographique sur un sujet aussi important : la structure en flash-back fait revenir les massacres et viols au cœur du combat, les confessions des femmes sont exhaustives, à la lumière d’un feu de camp sur un champ de bataille, l’héroïne est sublimée comme dans un film de gladiateurs, l’observatrice est borgne, on perd des troupes à chaque assaut, la lumière des bombes est esthétique, de même que la poussière sur les visages. On accouche en passant la frontière et l’on retrouve les siens à l’heure de la victoire dans ce film au tragique appuyé, là où il n’en avait pas besoin. Grinçante et pleine de piano et violoncelle, la musique de Morgan Kibby nous commande quand nous émouvoir et l’on est déçu de lire que l’hymne du bataillon est en fait une composition de circonstance sur un texte de la réalisatrice. Bref, c’est Hollywood et pas le Kurdistan… Et si l’on ressent de l’empathie avec le désir et la volonté de faire une œuvre sur ce sujet si important, la forme, elle, trahit vraiment la force du projet.

Les filles du Soleil, film français de Éva Husson, avec Golshifteh Farahani et Emmanuelle Bercot, présenté au festival de Cannes, en compétition officielle. Durée : 115 minutes. Sortie française au cinéma : le 21 novembre 2018.

Visuel : photo officielle.

Retrouvez tous nos articles sur le Festival de Cannes 2018, ici.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : yael@toutelaculture.com

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