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Cannes 2018 : « Fahrenheit 451 », décevante adaptation de classique SF

Cannes 2018 : « Fahrenheit 451 », décevante adaptation de classique SF

19 mai 2018 | PAR Geoffrey Nabavian

D’abord intrigante de par ses qualités de mise en scène et son interprétation, cette transposition du roman de Ray Bradbury, produite pour la télévision par HBO, se révèle ennuyeuse. En cause : sa musique, et son rythme. On a pu la voir à Cannes 2018, hors compétition.

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Cette nouvelle adaptation du classique de la science-fiction Fahrenheit 451, écrit par Ray Bradbury, se distingue tout d’abord par sa photographie, exceptionnelle : les images de ce film produit par HBO pour la télévision, mais dans des conditions conséquentes, arborent des couleurs stylisées, rougeoyantes et bleutées, qui évoquent discrètement un futur où la technique a une place énorme, mais où les inquiétudes guettent aussi.

Pour rendre vivant ce monde, le charismatique Michael B. Jordan (Chronicle, Creed : l’Héritage de Rocky Balboa, Black Panther) déploie toute son énergie et impose un tempérament de feu, entièrement dévoué à une cause : celle des pompiers pyromanes, brûleurs de livres, et fous d’action, qui opèrent pour l’Etat dans cette société futuriste où les vérités doivent être extrêmement simples à comprendre et à assimiler. Avec ces atouts en main, et sous la direction du réalisateur Ramin Bahrani (Goodbye Solo, 99 homes), qui maîtrise son sujet, l’univers dystopique imaginé par Ray Bradbury existe à l’écran. D’autant plus que le propos semble intéressant à évoquer, à l’heure du règne des données et de la dématérialisation.

Et puis, lentement, toute cette mise en place se désagrège. Le premier ennemi du film est sa musique : pesante, solennelle, envahissante, elle suggère sans arrêt le danger et l’inquiétude, ne laissant aucun espace à la mise en scène pour créer des atmosphères. Elle enveloppe le tout dans une ambiance redondante. Et le rythme, hélas, marche dans les pas de cette bande originale : les scènes prennent un côté empesé, lourd, terriblement sérieux, mais loin du tragique ou de la tristesse espérés. Trop chargé en intentions, le film se concentre sur elles, et pas sur son univers : chaque scène devient signifiante, emplie d’un programme qui la déborde. La vie qui courait dans les plans se trouve étouffée sous ce trop-plein d’intentions. Et le climat général devient soporifique, bien trop solennel, bien trop « décidé à faire tragique à tout prix » pour divertir ou pour interpeller.

Film présenté hors compétition à Cannes 2018, en séance de minuit, Fahrenheit 451 sera diffusé sur HBO le 19 mai.

Retrouvez tous les films du Festival dans notre dossier Cannes 2018

Geoffrey Nabavian

Visuel : © HBO

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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