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Eastern Boys de Robin Campillo: un drame puissant et sensible

Eastern Boys de Robin Campillo: un drame puissant et sensible

27 mars 2014 | PAR Dorothee Chiara

Robin Campillo revient avec un second long-métrage envoûtant et tendu où les genres s’entremêlent avec une maîtrise parfaite. Entre drame, thriller et histoire d’amour, Eastern Boys est un film subtil et émouvant.

[rating=4]

Eastern Boys 2

Réalisateur des Revenants en 2004 (film qui a inspiré la série éponyme), Robin Campillo est plus connu pour ses collaborations avec Laurent Cantet, coscénariste et monteur d’Entre les murs et de Vers le Sud, entre autres. Avec Eastern Boys, il s’inspire du genre documentaire de Laurent Cantet, pour mieux s’en détacher. Le film a reçu le prix du Meilleur Film dans la catégorie Horizons à la dernière Mostra de Venise.

Eastern Boys s’ouvre sur une séquence gare du Nord. Des jeunes sans papiers des pays de l’Est déambulent dans une sorte de ballet continu, entre l’intérieur et l’extérieur de la gare. Ils traînent en groupe, se croisent puis se séparent à la vue des policiers. Daniel (Olivier Rabourdin), un homme d’âge mur en costume, repère le jeune Marek (Kirill Emelyanov) et le suit dans les méandres de la gare. S’ensuit un échange où le jeune garçon lui propose un rendez-vous chez lui le lendemain pour une prestation tarifée. Daniel ne sait pas que le piège vient de se refermer sur lui. Après cette séquence, les genres vont se succéder au sein d’une même narration. Le documentaire tombe dans le drame lorsque les jeunes immigrés investissent l’appartement de Daniel pour le dépouiller. On assiste à une deuxième séquence hallucinée, proche du fantastique, servie par le jeu des acteurs, spécialement celui du Russe, le meneur de bande incarné par Daniil Vorobjev et bercée par une envoutante musique électronique, signée Arnaud Rebotini. Pourtant, quelques jours plus tard, Marek sonne à la porte de l’appartement de Daniel.

Eastern Boys est inclassable, il ne cesse de changer de rythme et jongle avec les genres, ce qui lui permet d’aborder des sujets aussi brûlants que l’immigration, la prostitution ou l’intégration sans jamais tomber dans une forme de moralité bien-pensante. Robin Campillo ne rend pas la situation confortable pour le spectateur. Il le pousse dans un sens, pour l’emmener ensuite dans une autre direction. A travers la succession de différents styles, il brouille les pistes.
Olivier Rabourdin, en Droopy solitaire, incarne à merveille la figure de monsieur-tout-le-monde, installé dans un confort lisse et sans heurt que sa rencontre avec Marek va bousculer. Toujours à la limite, comme tous les personnages, il suscite autant l’empathie que la honte, parfois. Et c’est là que réside une des forces du film. Chaque protagoniste est juste, toujours sur le fil, au bord de dérailler. Aucun personnage n’entre dans une case définie, les réactions sont inattendues. La tension monte tout au long du film. Robin Campillo montre qu’il n’y pas une vérité mais que la réalité est souvent plus complexe.
Un nouveau Paris émerge. C’est la gare du Nord, la porte de Montreuil et le périph’ qui servent de cadre au décor. Le film sublime ces lieux, territoires-frontières qui suggèrent l’ailleurs, le départ ou l’arrivée. Le langage représente également une frontière, entre Marek l’Ukrainien et Daniel, les mots semblent perdre de leur poids face au langage du corps et des gestes qui apprivoisent. Le film se dessine autour de la relation ambiguë qu’ils vont entretenir, difficilement cernable mais avant tout émouvante et d’une profonde humanité. Le réalisateur fait le choix judicieux de ne pas expliquer les décisions et le cheminement des personnages, laissant l’imagination du spectateur divaguer librement.
Eastern Boys, divisé en chapitres, pourrait s’apparenter à un conte moderne, cruel et sensible, qui ouvre à la réflexion.

Voici la bande-annonce:

Eastern Boys, de Robin Campillo. Sortie le 4 avril.

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Dorothee Chiara

2 thoughts on “Eastern Boys de Robin Campillo: un drame puissant et sensible”

Commentaire(s)

  • Sylvain C.

    Le film est signé ROBIN Campillo, pas Romain…
    Sinon, il est excellent et tout à fait recommandable.
    Une grosse claque cinématographique dans le paysage français un peu monotone.
    A voir jusqu’au bout.

    mars 27, 2014 at 11 h 53 min
  • Corinne L.

    Nul. Cet article ne rend pas compte de la beauté du film.

    avril 13, 2014 at 18 h 36 min

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