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[Critique] « Caprice », un Emmanuel Mouret euphorisant et cruel

[Critique] « Caprice », un Emmanuel Mouret euphorisant et cruel

08 avril 2015 | PAR Olivia Leboyer

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Dans Changement d’adresse, Fais-moi plaisir ou L’art d’aimer (voir notre critique), Emmanuel Mouret explorait les paradoxes et perplexités de l’amour : sait-on jamais vraiment qui l’on aime ? Après une incursion dans le mélodrame pur (Une autre vie avec Joey Starr et Virgnie Ledoyen), le cinéaste livre un beau film, euphorisant et bien cruel : ne manquez pas Caprice, dès le 22 avril.

[rating=4]

Légères et faussement candides, les interrogations d’Emmanuel Mouret sur l’amour font mouche depuis longtemps déjà. Ici, avec ce Caprice, les choses se corsent encore : le rire, le charme se teintent de noirceur. L’intrigue débute comme dans Coup de foudre à Notting Hill : Clément, modeste instituteur (Emmanuel Mouret) rencontre une comédienne-star, Alicia (Virginie Efira) et la magie opère immédiatement (notamment lors d’une très jolie scène de dîner impromptu). « Est-ce bien l’amour, ou n’est-ce qu’un effet trompeur, qui peut le dire ici- bas ? » (JL Murat). Fou amoureux, Clément croise la route d’une jeune fille effrontée (Anaïs Demoustier), qui entreprend de le séduire dans les grandes largeurs. Déjà pris, il résiste, mais la jeune Caprice insiste. Caprice porte un nom de star, mais n’en est pas une. Apprentie comédienne, sans le sou, sans reconnaissance, elle n’a pas l’aura d’Alicia. Un peu trop cérébral, Clément va finir par s’interroger : comment savoir ? (on pense au film Comment savoir de James L. Brooks, où Reese Witherspoon hésitait sincèrement entre deux hommes également charmants)

C’est Alex Beaupain qui faisait chanter à Louis Garrel, dans Les Chansons d’amour : « Peut-être est-ce pour ton odeur/Ta façon de t’endormir/Peut-être aussi pour ta sœur/Ton argent ou encore pire/Je ne manque pas de bonnes raisons pour t’aimer/Je ne vois pas pour quelle raison te les donner ». Clément aime-t-il Alicia pour de vrai ? Chaque baiser doit-il être absolument merveilleux ? Entre le temps suspendu du coup de foudre et l’expérience de la vie à deux (que Clément, père divorcé, a déjà connue), l’écart est parfois important. Continuer, arrêter ? « Tu vois, c’est comme si j’étais dans un supermarché, tu arrives, mais mon caddie est déjà plein », lance Clément à Caprice, sans intention de blesser. C’est son problème, à Clément, il ne veut pas faire de mal, ce qui est souvent pire. Anaïs Demoustier, d’abord charmante, nourrit une obsession qui finit par devenir inquiétante, voire flippante. Dans un rôle d’icône admirée, Virginie Efira rayonne de douceur et de gentillesse : ayant déjà tout (beauté, célébrité, richesse), elle sait que l’amour n’est pas un dû et se montre aussi fragile que n’importe qui.

Trois cœurs ? Non, quatre : Laurent Stocker, toujours aussi touchant (on l’avait adoré dans Tirez la langue, mademoiselle d’Axelle Ropert), complète le tableau. Ce sage directeur d’école (supérieur de Clément, donc) rencontre Alicia pile en même temps que Clément. Où se situe la frontière entre l’imagination amoureuse et le passage à une histoire ? Frontière mince, mais très tangible, entre le rêve et la réalité.

Caprice charme et attriste un peu, par instants. En amour, comme dans les succès artistiques, il y a des gagnants et des perdants. Et il y a, toujours, un espace pour les doutes et la mélancolie…

Caprice, d’Emmanuel Mouret, France, 1h40, avec Virginie Efira, Anaïs Demoustier, Laurent Stocker (de la Comédie française), Emmanuel Mouret, Michaël Cohen, Thomas Blanchard. Sortie le 22 avril 2015.

visuels: affiche, photo et bande annonce officielles du film.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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