Pop / Rock
[Live report] Radio Elvis et We Are Match au Café de la Danse

[Live report] Radio Elvis et We Are Match au Café de la Danse

08 avril 2015 | PAR Bastien Stisi

Deux grands espoirs de la pop fabriquée en France, pour deux sensations diamétralement opposées : Radio Elvis et We Are Match présentaient hier soir leurs discographies respectives (un Ep pour Radio Elvis, un Lp qui sort en mai pour We Are Match) au Café de la Danse parisien.

La promesse Radio Elvis

On avait déjà noté il y a quelques semaines, à l’occasion de la release party de « Goliath » dans le cadre très intime du Théâtre de la Loge, la formidable maturité scénique du trio Radio Elvis, mené par le charismatique chanteur / poète / guitariste Pierre Guénard et son look d’archétype rock (boucle d’oreille à la Cantat, coupe à la Morrissey tout jeune, Dr Martens aux pieds…), capable de proposer malgré une seule petite année d’existence un live mêlant sans emphase acariâtre la chanson à textes, la pop progressive, le rock plus écorché.

Ce rock-là, ô démarche courageuse, n’a pas peur d’étaler sa culture (les références sont ici littéraires et musicales), tout en parvenant à ne pas passer pour un pastiche affable des anciens qu’il semble avoir si soigneusement étudié, et ce même si cette diction appliquée et l’alliance du bon mot et du bon solo de guitare pousseront les plus récalcitrants à y voir une énième tentative de revival Noir Désir ou de Bashung. Filiation flatteuse, mais respectueuse.

« La Traversée », « Bleu Nuit », « Goliath » : Radio Elvis assume sa fascination pour le voyage et les contrées fantasmées, comme le faisaient hier ces Orientalistes partis peindre et écrire un monde que l’on ne pouvait voir alors qu’à travers l’Image d’Épinal trompeuse. Des fascinations pour l’océan, pour le lointain, pour ses soleils couchant, qui transparaissent jusqu’à ses reprises (ratées) d’Arcade Fire (« Haïti ») et d’Axel Bauder (« Cargo de Nuit »), et qui mèneront l’esprit au loin, aux côtés de ces poètes futés de la rime qui accueillent un nouveau pensionnaire immensément prometteur.

La déception We Are Match

Ceux qui râlaient devant les trop bons mots et la diction trop soignée de Pierre Guénard (car il est vrai que le projet est clivant) seront alors contentés. Car du rock lettré et assumé en tant que tel de Radio Elvis, on passe, cruelle et décevante déviation, à la pop trop faiblement alphabète de We Are Match, qui goinfre donc sur un album à venir sa pop pourtant si bien exécutée (on y croise pêle-mêle Foals, Bon Iver, Grizlly Bear, These New Puritans ou Frànçois & The Atlas Mountains) d’une telle monticule d’onomatopées systématiques que l’on se demande si ces refrains-là (pleins de « oh oh », « hé hé », et « hou hou ») n’ont pas été improvisés afin de compenser la trop grande accumulation de verbes qui nous était proposé juste avant. Arrangements habiles et mélodies trop faciles : il y a là quelque chose de gâché.

Convaincants en début de set (on sent que les cinq garçons qui habitent désormais tous en colloc sont habitués à jouer ensemble) la performance de ces chatons-là (cinq chats noirs apparaissent en fond visuel) se dégradera au fur et à mesure d’un live qui en lassera beaucoup (les autres frapperont des mains sur « Violet », sur « Speaking Machines », sur « Animal ») à force de vouloir fédérer avec autant de zèle surjoué. On s’accroche aux instants rock-folk progressifs façon Fleet Floxes, qui fonctionnent. On fuit les tentatives bonheur pop façon Crystal Fighters, qui échouent.

L’album n’est pas encore là (We Are Match en présentait hier soir les principales composantes), mais le live est déjà calé. Mais pour les stades plutôt. Et on leur conseille vite de s’y exporter : ils s’y sentiront sans doute comme chez eux.

Visuels : (c) Ybouh

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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