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[Critique] « Tout est faux » : démonstration originale sur la difficulté de s’exprimer dans un monde de plus en plus artificiel

[Critique] « Tout est faux » : démonstration originale sur la difficulté de s’exprimer dans un monde de plus en plus artificiel

02 septembre 2014 | PAR Hugo Saadi

Tout est faux. Voilà le propos que tient Jean-Marie Villeneuve réalisateur courageux ( le film est auto-produit avec un budget de seulement 2000 euros) aux multiples casquettes (réalisation, scénario, montage, photographie) dans son premier film. Tout est faux est donc une oeuvre hors des sentiers battus qui pourra perturber l’esprit par son traitement, mais qui propose une vision originale et juste sur la société d’aujourd’hui. [rating=3]

Le film s’ouvre sur Fred, seul dans une forêt puis en plein Paris. Le son des orgues qui l’accompagne en toile de fond rend mystique cette marche filmée de dos en semi-plan subjectif. Que fait-il ? Où va t-il ? On ne le sait pas et lui non plus. Tout est faux raconte le cheminement de cet homme qui déambule dans ce monde qui ne lui correspond pas. Son existence n’est pas mise en valeur par son travail qui consiste à réaliser une tâche monotone dans une pièce étouffante, surveillé par un patron dans la veine de Big Brother. Et ce ne sont pas son amie Marie, l’oreille constamment collée à son téléphone et son besoin perpétuel de séduire afin d’exister qui vont changer la donne. Le personnage de Fred semble frappé par une impuissance, quasiment muet pendant tout le film, il ne prendra véritablement vie seulement lorsqu’il croisera un homme seul au-dessus d’un pont plaidant sa propre cause, mais ne trouvant que pour seul public les rails des trains qu’il surplombe. Il ne lui reste donc qu’une seule solution pour exister, se créer sa propre réalité.

Tout est faux est donc articulé autour de la monotonie et les errements de la vie de Fred, mais le message qu’il s’en dégage réside dans la difficulté de prise de parole. A travers ce personnage semi-fantomatique, Jean-Marie Villeneuve met à nue une société de plus en plus connectée où il faut agir et surtout interagir pour exister et se sentir vivant. De plus, le contexte politique du moment, à savoir les élections présidentielles de 2012, met en lumière la stratégie de communication des politiques frôlant par moment la démagogie. Tous ces slogans, ces discours qui sonnent faux et ces attitudes que l’on pourrait qualifier de « fake , J-M Villeneuve les dénonce et prend position face à cela.

Enfin, multipliant les plans séquences et un cadrage très au corps, Tout est faux se distingue des long-métrages habituels mais l’on ressent malheureusement le manque de financement dont le film a souffert. Il n’en demeure pas moins un essai convaincant sur un sujet difficile à traiter.

Tout est faux, un film de Jean-Marie Villeneuve, avec Frédéric Bayer Azem, Mathieu Lagarrigue, Marie Demasi. Drame français, 1h21. Au cinéma le 17 septembre 2014.

© Visuels : Les films du Saint André

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Hugo Saadi

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