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[Critique] « The Walk » de Robert Zemeckis. Film poétique célébrant la beauté du geste

[Critique] « The Walk » de Robert Zemeckis. Film poétique célébrant la beauté du geste

30 octobre 2015 | PAR Gilles Herail

The Walk, Rêver plus haut est un hommage au funambule français Philippe Petit, interprété à l’écran par Joseph Gordon Levitt. Robert Zemeckis met du temps à trouver sa vitesse de croisière mais sa dernière demie-heure est portée par la grâce. Quand le pari fou d’un homme devient un ballet suspendu entre les flamboyantes tours jumelles, pour la simple beauté du geste.

[rating=3]

Extrait du synopsis officiel: Biopic sur le funambule français Philippe Petit, célèbre pour avoir joint en 1974 les deux tours du World Trade Center sur un fil, suspendu au-dessus du vide.

Robert Zemeckis refait parler de lui ces derniers jours, à l’occasion de l’anniversaire de la sortie de son Retour vers le futur, monument du cinéma de divertissement qui s’est transmis de génération en génération. La cote d’amour du réalisateur semblait au plus haut mais The Walk n’a pas rencontré le succès escompté au box-office américain, malgré des critiques presse favorables. The Walk rappelle dans ses valeurs le dernier film de Brad Bird, A la poursuite de demain, qui avait lui aussi connu un échec commercial cinglant. Deux films qui partagent une même naïveté optimiste, une croyance dans la capacité de l’homme à se surpasser, à mobiliser son talent, à déplacer des montagnes. Deux films également attachants malgré leurs (nombreuses) maladresses. The Walk n’est clairement pas le meilleur film de Zemeckis, qui peine à retrouver ses talents de conteur dans une première partie assez ratée. Le script abuse de la voix-off, souligne à outrance ses effets musicaux et se complait dans une vision cinéma muet de Paris. The Walk souffre aussi de problèmes linguistiques, qui pourront désarçonner le public hexagonal. Le spectateur éprouve de sérieuses difficultés à passer outre l’accent français de Joseph Gordon Levitt et l’utilisation systématique de l’anglais comme langue d’échange au sein du groupe (un élément pourtant inspiré de la réalité). Des détails d’apparence futiles qui nuisent pourtant grandement à la crédibilité du personnage et du film.

Zemeckis retrouve du poil de la bête dans une deuxième partie « film de casse », qui suit l’élaboration et la mise en œuvre de l’improbable plan. Le gang recrute ses complices, espionne les lieux et prépare sans relâche le « coup » millimétré qui les fera entrer dans l’histoire. Le suspens monte et l’on attend fébrilement le moment où le funambule posera le premier pied sur le filin. La traversée entre les deux tours est finalement plutôt rapide, sans véritable crescendo. On commence à se dire que Zemeckis a raté son coup quand, une fois arrivé de l’autre côté, le funambule repart en arrière et entame un ballet somptueux et euphorisant qui durera une demie heure. En rendant hommage à Philippe Petit, Zemeckis nous parle d’un saltimbanque vivant pour son art et pour la performance. Une quête de la beauté du geste, gratuite, qui ne vaut que pour son caractère hors norme et son esthétique. Traverser un filon qui relie les deux plus hautes tours du monde, symbole de la toute puissance américaine. Braver la mort bien sûr, mais surtout offrir un spectacle unique à son public.

Zemeckis a compris toute la portée symbolique de cette traversée entre les Tours Jumelles. Notamment pour un public américain marqué à vie par le 11 septembre, symbole de la fin du rêve « vers l’infini et l’au delà » des Etats-Unis.  The Walk nous parle peut-être autant des tours que de Claude Petit. Car elles représentent également cette « beauté du geste », ce défi arrogant qui touche pourtant au merveilleux. Ce besoin d’émerveillement, cette foi dans le spectaculaire et le divertissement fait le cinéma de Zemeckis. Et The Walk en est une métaphore parfaite, malgré ses défauts.

Gilles Hérail

The Walk, un drame américain de Robert Zemeckis avec Joseph Gordon-Levitt, sortie en salles le 28 octobre 2015

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Gilles Herail

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