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[Critique] « Swim little fish swim » : un premier film sensible et charmant sur la vie d’artiste

[Critique] « Swim little fish swim » : un premier film sensible et charmant sur la vie d’artiste

01 juin 2014 | PAR Olivia Leboyer

Lola Bessis et Ruben Amar portent un regard lucide et tendre sur la vie d’artiste : un très joli premier film, charmant et mélancolique. A découvrir le 4 juin.


[rating=4]

Swim little fish swim pourrait facilement agacer, avec son côté délicieusement branché : de l’excellente B.O. folk, des références seventies, aux robes trendy de la jeune héroïne, tout respire le bon goût. Mais le film ne se contente pas de distiller un petit charme : Lola Bessis et Ruben Amar décrivent ici la vie d’artiste à NY, avec ses illusions, ses galères et son irrésistible esprit hippie, en préservant une vraie fraîcheur. A l’image de Lilas (Lola Bessis, adorable), grands yeux étonnés, les réalisateurs portent un regard attentif, plein de bienveillance, sur ce type d’existence forcément compliquée.

Jeune fille très privilégiée (sa mère, Anne Consigny, est une galeriste française, qui expose au MOMA), Lilas est venue à New York pour trouver sa voie et se sentir libre. Seulement, pour un artiste, la reconnaissance n’a rien d’évident. Il y a toujours un moment où l’on s’auto-proclame artiste. L’intelligence du film tient à sa sincérité. Lola Bessis, loin d’agacer, incarne avec justesse et ironie cette situation paradoxale, en porte à faux : avoir les moyens, les relations, les entrées, et se sentir, du coup, un peu illégitime, un peu redevable. Car il lui suffirait d’un coup de fil de sa mère pour être exposée dans une galerie qui compte.

Or, elle squatte pour l’instant chez un couple en équilibre instable : elle, les pieds sur terre, travaille jusque tard le soir dans un hôpital ; lui, doux rêveur, musicien sans contrat, passe ses journées à glander et à improviser des fêtes. Au milieu, leur fillette, Maggie, alias Rainbow. On est un peu chez Richard Brautigan ou chez Leonard Michaels ou Burroughs : Leeward (Dustin Guy Defa, terriblement désarmant) est l’un de ces marginaux enfantins, tout doux, qui suivent tranquillement le bon rythme de vie pour eux. Sa femme, Mary (Brooke Bloom, très charmante, un faux air de Charlotte Gainsbourg) s’exaspère de devoir tout assumer seule. Entre eux, l’argent est source de conflits, de discorde et de malentendus.

Car, pour Leeward, l’argent ne représente pas grand chose : accepter une pub bien rémunérée lui paraît contraire à son éthique. Soutenu par sa famille d’excentriques intellectuels juifs, le jeune homme ne semble pas prêt de quitter le monde enchanté de l’enfance et des chansons douces. A la grande joie de Rainbow, petite princesse qui préfère naturellement son prénom inventé et cette vie de conte de fées à la réalité. Les réalisateurs captent merveilleusement les difficultés de ce couple en apparence désassorti, mais profondément amoureux.

Swim little fish swim (titre-métaphore, mais il y a également, dans le film, un vrai poisson) navigue entre chronique sociale et comédie sentimentale, avec un beau naturel. Il y a là un charme ténu, fragile, bien résistant.

Swim little fish swim, de Lola Bessis & Ruben Amar, France/USA, 2014, 1h35, avec Anne Consigny, Dustin Defa, Brooke Bloom et Lola Bessis. Sortie le 4 juin 2014.

visuels: affiche, photo et bande annonce officielle du film.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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