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[Critique] « Palerme » : une querelle futile devient combat épique dans un réjouissant western moderne

[Critique] « Palerme » : une querelle futile devient combat épique dans un réjouissant western moderne

04 juillet 2014 | PAR Gilles Herail

Emma Dante nous propose un western moderne réjouissant, millimétré et jusqu’au-boutiste. Cet affrontement absurde et épique sous le chaos caniculaire sicilien est un vrai plaisir de spectateur.

[rating=4]

Synopsis officiel: Un dimanche d’été. Le sirocco souffle sans relâche sur Palerme quand Rosa et Clara, en route pour célébrer le mariage d’une amie, se perdent dans la ville et débouchent dans une ruelle étroite : Via Castellana Bandiera. Au même moment, une autre voiture conduite par Samira, dans laquelle est entassée la famille Calafiore, emprunte la même ruelle dans le sens opposé. Ni Rosa ni Samira, vieille femme têtue, n’ont l’intention de faire marche arrière. Enfermées dans leurs voitures, les deux femmes s’affrontent dans un duel silencieux, le regard plein de haine, sans boire ni manger, sans dormir jusqu’au lendemain. Plus obstinées que le soleil de Palerme et plus dures que la férocité des hommes autour d’elles. Puisque, comme dans tout duel, c’est une question de vie ou de mort..

Palerme peut se voir comme un film théorique et métaphorique. Sur l’affrontement de deux Italie: modernes et traditionnelles. Mais cette vision perd le sel du film et le « message » importe finalement assez peu. Emma Dante nous propose surtout un véritable film de genre, de caractères et de gueules, créant une tension jubilatoire sur un schéma très simple. Passées les premières minutes présentant les deux camps, les deux femmes se rencontrent très vite dans cette rue à sens unique. Et le combat psychologique commence. Par des regards notamment. L’incroyable visage sereinement fou de la vieille et la moue butée de la jeune vont s’affronter, sans ciller. Emma Danta dramatise à l’excès cette querelle futile et enfantine pour lui donner une ampleur tragico-comique qui sera le fil rouge du film. La réalisatrice dépeint en parallèle la banlieue de Palerme, les familles siciliennes, les pâtes, les commérages et les paris d’un quartier qui s’approprie cette interminable guerre froide.

Palerme doit bien sur beaucoup à sa mise en scène, le soin permanent apporté à l’image et au montage. On pense par moments à Do the Right Thing de Spike Lee qui utilisait aussi à merveille la chaleur ambiante pour souligner la montée d’une tension que l’on sentait explosive. Palerme est peut être plus crépusculaire, cherchant la parenté avec le genre du western. Malgré le dispositif minimaliste, l’intensité est maintenue, en crescendo, à peine gênée par des esquisses de sous-intrigue qui nous intéressent assez peu et servent seulement à rafraîchir l’atmosphère. Au moment où le scénario commence à tourner en rond et à tirer en longueur, Emma Dante sait mettre le holà et terminer son film. Par une scène contemplative étirée au maximum qui réussit pourtant encore une fois à captiver. Un vrai film de genre, tendu, drôle et un pur film d’ambiance. On apprécie! 

Gilles Hérail

Parlme, un drame italien d’Emma Dante avec Emma Dante et Elena Cotta, durée 1h32, sortie le 2/07/2014

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Gilles Herail

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