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[Critique] « Les Poings contre les murs », une opposition musclée entre un père et son fils derrière les barreaux

[Critique] « Les Poings contre les murs », une opposition musclée entre un père et son fils derrière les barreaux

03 juin 2014 | PAR Hugo Saadi

Les poings contre les murs est un huis clos carcéral qui par son approche « familiale » tente de se démarquer d’un genre souvent contraint d’emprunter des couloirs scénaristiques et des codes précis aboutissant à un récit déjà vu et revu mêlé à une ambiance pesante et à une paranoïa totale. Le nouveau film de David Mackenzie arrive à sortir son épingle du jeu grâce à la relation épidémique entre un père et son fils.

 [rating=3]

On entre dans la prison aux côtés d’Eric Love, qui a été surclassé (to be Starred Up en anglais, le titre original du film), un jeune homme de 19 ans qui se retrouve en prison pour adultes après le meurtre d’un junkie. Derrière les barreaux, il ne sera pas seul au monde. En effet, il retrouve son père, enfermé depuis déjà plus de quinze ans et c’est là que va résider toute l’originalité du film. Bien entendu, David Mackenzie signe le cahier des charges des films de prisons et on a donc le droit aux règlements de comptes bien sanglants, aux agressions sous la douche ou encore aux matons qui se font graisser la patte par les plus anciens. Dès les premiers instants dans la prison, le nouveau-venu doit faire ses preuves, montrer ses muscles afin d’éviter de devenir l’objet sexuel d’un ancien et il faut donc se trouver un gang pour survivre dans ce milieu hostile.

Eric Love l’a très bien compris et il se frictionne, est mis en cellule d’isolement au bout de quelques jours. C’est une vraie tête brûlée qui refuse l’aide de son père, devenu pour le coup un « taulier ». Il veut se frayer son propre chemin, écrire sa propre histoire dans la prison et il décide de lui tenir tête. Le réalisateur britannique pimente cette opposition d’une rancœur vive du fils envers le père qui par son emprisonnement, l’a abandonné à son plus jeune âge. Les poings contre les murs se démarque donc des autres fils grâce aux liens du sang et à un amour paternel mis en exergue par des situations conflictuelles et bien menées. Il en découle à certains moments un décalage entre la brutalité des événements et la relation touchante qui se dégage de ceux-ci. La réinsertion sociale après la prison est l’autre point nouveau qui est mis en avant dans le film et c’est rare pour le souligner. Les réunions entre les futurs libérés aèrent le récit et permettent une projection dans le passé pour les protagonistes qui ne sont donc pas voués à croupir dans leur cellule jusqu’à la fin de leurs jours.

Le réalisateur de Perfect Sense et de Toy Boy a une approche très tournée vers le réalisme, à l’instar du film R de Tobias Lindholm et Michael Noer, la violence est omniprésente. On regrette cependant un certain manque de profondeur pour la multitude de personnages. Au final il a préféré se concentrer sur le père joué par Ben Mendelsohn, très touchant et protecteur et par le fils, interprété par Jack O’Connell, qui livre une performance bestiale et se met dans la peau de son personnage tel Tom Hardy dans Bronson. C’est un vrai bœuf et l’on retrouve son agressivité que l’on avait pu découvrir dans la série Skins. Dans cette prison d’adultes, c’est le jeune garçon qui attire toute l’attention et on pense alors à Scum d’Alan Clarke et à son remake Dog Pound par Kim Chapiron où les jeunes garçons sont en maison de redressement. Enfin, la photographie du film est très chaude et c’est plutôt agréable car on est très loin du gris sombre du mitard. Loin d’être brillant, Les Poings contre les murs tort les barreaux du genre mais ne parvient pas à s’échapper et proposer quelque chose de bien innovant.

Les Poings contre les murs, un film de David Mackenzie, avec Jack O’Connell, Ben Mendelsohn, Ruper Friend, drame britannique, 1h45. Sortie le 4 juin 2014.

Visuels © Wild Side / Le Pacte

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Hugo Saadi

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