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[Critique] « Le dernier jour d’Yitzhak Rabin » : l’anti-biopic d’Amos Gitaï

[Critique] « Le dernier jour d’Yitzhak Rabin » : l’anti-biopic d’Amos Gitaï

16 décembre 2015 | PAR Yaël Hirsch

Dans un style qui est devenu sa griffe, où il mêle documentaire et reconstitution, Amos Gitaï revient sous la forme du thriller avec Le dernier jour d’Yitzhak Rabin, assassiné le 4 novembre 1995. Une film anniversaire et très attendu qui séduit les fans de Gitaï par sa précision mais donne bien peu de clés sur l’homme politique et le pacifiste pour se concentrer sur la haine qu’il a su susciter chez les Israéliens, et plus précisément chez les juifs religieux.

[rating=2]

Le 4 novembre 1995, Yitzhak Rabin, l’homme des Accords d’Oslo (1993), est assassiné par l’étudiant juif religieux Ygal Amir, Place des Rois d’Israël (aujourd’hui Place Rabin) à Tel Aviv. Après une interview de Peres par Yaël Abecassis aujourd’hui, la scène d’ouverture d’un film où Rabin lui-même n’apparaît jamais et reste une sorte de trou noir, Gitaï propose une séquence magistrale qui place vraiment le spectateur dans la foule. La suite du film se concentre sur les travaux de la commission Shagmar qui a enquête sur les défaillances de sécurité qui ont rendu l’attentat possible. Gitaï nous promène alors pendant 2h30 dans les milieux juifs d’extrême-droite, où des religieux extrêmes ont lancé une malédiction sur celui qui a serré la main de Yasser Arafat. De cellule de complot en session de la commission Shagmar, on avance dans un grand malaise de la société israélienne.

Les reconstitutions sont magistrales, le film a le génie de ne jamais être un biopic hagiographique pour rester dans le style élégant et, à temps, expérimental de Gitaï. Néanmoins, sur la longueur l’ambiance paranoïaque et le peu d’accroches qui nous sont données pour comprendre l’homme Rabin lasse. Un certain malaise dans la société israélienne est mis en lumière par la mise en scène archivistico-artistique de ces extrêmes, mais on reste un peu sur note faim du portrait qui semble promis par le titre.

Amos Gitaï, Le dernier jour d’Yitzhak Rabin, avec Yitzhak Hiskiya, Pini Mittelman, Tomer Sisley, Yaël Abecassis, Israël- France, 2015, 2h30, Sophie Dulac, sortie le 16 décembre 2015.
visuels : photos officielles.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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