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[Interview] Les strip-teaseurs du métro

[Interview] Les strip-teaseurs du métro

16 décembre 2015 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Un soir, sur la 12, on croise le strip-tease délirant du collectif STDM. Quelques semaines plus tard, on rencontre Loulou Zampa au Café des Anges. Rencontre.

Comment avez-vous pensé ce spectacle ?

Il a beaucoup évolué. A la base on avait fait les anciens traders qui se reconvertissent après la crise. Et puis on s’est orientés vers les agents RATP, avec la danse des tickets, orchestrée par la chorégraphe Géraldine Ulysse. Le métro, parce que quand on est en école ce n’est pas évident de faire des scène ouvertes, et on voulait s’entraîner avec le public, tester des choses. On s’est dit qu’il ne se passait pas grand chose dans le métro, et qu’on avait envie de dérider les gens. La RATP n’est pas vraiment d’accord, je pense qu’elle ferme les yeux sur ce que l’on fait. On a pas le droit de faire des trucs à l’intérieur du métro, mais nous on a besoin des barres pour ce spectacle. C’est parfois pas très pratique, mais on se débrouille toujours, en fonction des lignes.
Ca fait quatre ans que l’on fait ça, mais pas vraiment à plein temps. On ne gagne pas énormément d’argent avec ça, mais on peut subsister. On a déjà eu des réactions très négatives, principalement de la part des religieux, de tout bord que ce soit, et parfois des gens ivres qui n’apprécient pas. C’est une autre religion.Par moment les gens nous prennent vraiment pour des agents de la RATP, c’est drôle.

Vous travaillez aussi sur des scènes bien plus habituelles ?

Oui, notamment avec le Collectif Xanadou, on faisait un spectacle qui s’appelait les Cafés de la rage : un cabaret politique, où l’on détournait l’actualité. Il changeait assez souvent, on a fait ça pendant trois quatre ans.

Vous faites un choix de sujets assez politique, qui se retrouve jusque dans le choix du métro

Il y a bien sûr un côté gentiment provocateur. Mais il n’y a rien d’humiliant à faire la manche pour son spectacle. J’adore ce rapport super simple et sans détour : si les gens aiment bien, ils peuvent donner, et s’ils n’aiment pas, c’est tant pis. C’est archaïque, mais j’adore ça. Il n’y a pas de prise d’otage comme au théâtre. Le spectacle est prévu pour faire trois stations, comme ça les gens ne sont pas bloqués. C’est très pensé, en fonction des lignes, pour que tout tombe bien. Les réactions sont différentes selon les stations. On ressent parfois du mépris, que l’on finisse sans que personne n’ai sourit, ça arrive encore.

Vous existez aussi en tant que collectif pour les actions dans le métro ?

C’est la même compagnie, et on met tout un petit peu sous ce sigle. On fait beaucoup de choses différentes : cabaret, rap, métro, film. On référence tout ensuite sur le site, ça fait des ponts entre les genres. On fait aussi pas mal de spectacles de rue, et de café associatif.

Vous avez envie parfois de déplacer ce spectacle ailleurs ?

On imagine pas de le faire ailleurs. On peut le faire dans d’autres villes, mais toujours dans le métro. On l’a fait une fois à Toulouse, mais c’est moins prévu pour. A paris le métro est tellement vieux qu’ils n’ont pas encore mis en place tous les systèmes pour virer les gens qui font la manche. Pourtant ils en ont envie. Les nouveaux métro font tout pour. On a déjà été arrêté plein de fois. Si ils sont gentils et pas trop bête, ça se passe bien, si ils sont bornés, ça se passe moins bien. On peut avoir une amende, mais ils le font parfois à contre cœur. Mais heureusement, c’est pas très souvent. Ca pourrait aller plus loin, mais je pense que ça n’arrivera pas.

Ce qui caractérise votre spectacle, c’est avant tout l’immédiateté

Il n’y a pas le choix, il faut que ça marche à la seconde. Mais on arrive encore à se marrer, à trouver de nouvelles blagues sur le moment, quand on est vraiment dedans. Parfois les gens viennent nous mettre des tickets dans la bouche, c’est assez drôle. Certains horaires marchent moins bien, mais il ne faut pas qu’il n’y ait personne. Le mieux c’est le matin, vers 10h, c’est parfait.

D’autres projets pour le métro ?

Oui, on y pense de temps en temps, mais on a pas forcément la possibilité de mettre en place. Celui là fonctionne bien, c’est original, c’est marrant, c’est court. Je ne suis pas sûre que la RATP puisse nous légaliser, parce qu’un petit nombre de personnes sont susceptibles d’être choqués, parce que le spectacle est un peu suggestif. C’est toujours ces gens là qui font chier. La plupart des gens s’en foutent, ils n’iront jamais se plaindre. Mais les gens qui ont une vie de merde ne se gênent pas pour se plaindre.

Finalement vous amenez du spectacle là où il n’est pas

Oui, le métro est un lieux très libre. On aurait aussi monter un spectacle dans une décharge. Donc amener le spectacle là où il n’est pas habituellement, pour des gens qui n’ont pas forcément l’habitude d’en voir. Mais c’est pas si facile à faire ; ils essayent souvent dans les théâtres de ramener un public de tout bord, mais c’est difficile. On a toujours voulu faire ça, surprendre les gens par le spectacle. Je déteste le théâtre quand c’est fait pour les comédiens et les gens du théâtre. Ils ont tué le théâtre, et le rendent chiant. Nous on a pris des risques au début, mais au pire des cas, on prend un bide.

Qu’est-ce que vous avez aimé récemment ?

Je vais pas mal à la Coline, mais c’est un peu une fois sur deux : soit c’est d’un ennui profond, soit c’est formidable. Les spectacles de Jérôme Bel aussi. J’espère voir Gala prochainement. Pommera également. Je vais aussi voir beaucoup de petites pièces.

Vous avez déjà rencontré d’autres comédiens qui faisaient la même chose ?

Je ne crois pas, mais on est devenus vachement copains avec des musiciens roumains. Ils nous ont même déjà passé de l’argent quand on leur a dit qu’on ne gagnait que 20 euros par jour. Mais j’ai beaucoup d’affection pour eux. Ils sont complétement marginaux, mais ils sont super drôles. Il y a aussi des codes du métro, qu’on a dû apprendre : on peut pas rentrer dans un métro au hasard comme ça, parce qu’on peut gâcher le spectacle de quelqu’un d’autre. Il faut savoir s’insérer. Mais on les fait marrer, donc ça passe. On a la chance de passer, mais il y a parfois des disputes entre les gens qui veulent se produire. Moi je suis quand même inséré dans la société, ça pourrait les énerver, mais pas du tout, ils s’en fichent que l’on puisse travailler à côté : chacun vit comme il veut.

Ou peut-on vous retrouver prochainement ?

Au Théâtre Dalayrac – Anciennement Rikiki Théâtre, pour Lendemains Difficiles, du 20 décembre au 5 janvier.

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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