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[Critique] « Le Démantèlement », un film bouleversant sur l’amour paternel

[Critique] « Le Démantèlement », un film bouleversant sur l’amour paternel

20 novembre 2013 | PAR Olivia Leboyer

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Avec Le Démantèlement (Prix SACD à la Semaine de la critique à Cannes), Sébastien Pilote nous offre un film splendide sur la paternité. Gaby, soixante-trois ans, décide de vendre sa ferme, ses terres et sa maison pour subvenir aux besoins de sa fille aînée. Le film sort le 4 décembre : à ne pas manquer !

[rating=5]

De manière délibérée, le titre met l’accent sur l’acte, en évitant le pathos des bons sentiments : il va s’agir, pour Gaby, de démanteler sa ferme, ce lieu où il a toujours vécu. Pourquoi ? Parce qu’il est un père, et que ses filles comptent pour lui, plus que son propre confort, plus que ses aspirations. À ses yeux, agir ainsi est parfaitement naturel. Si ses filles avaient voulu reprendre la ferme, la transmission se serait effectuée sans heurt. Mais il se trouve que les jolies Marie et Frédérique sont devenues de vraies citadines, pressées et ambitieuses. La première est mariée, mère de deux garçonnets, la seconde s’est lancée dans le théâtre. Pour elles, Gaby représente sans doute un pôle rassurant, une figure immuable. Si elles pensent à lui avec tendresse, elles viennent très rarement lui rendre visite. Il comprend, ne leur en veut pas : après tout, il n’a jamais été très à l’aise avec les mots et lui aussi, dans sa ferme, est bien occupé… Le jour où Marie, en plein divorce, a soudain un pressant besoin d’argent, cet équilibre est rompu. Pour aider sa fille, Gaby est obligé de démanteler, de se déposséder de tout ce qui constituait son cadre de vie et, au-delà, son identité. Autour de lui, les amis, les relations, tentent en vain de le dissuader : ils se trompent, leur rétorque-t-il, s’ils pensent qu’il est lié profondément à sa ferme. Son vrai lien, c’est celui qui l’unit à ses deux filles. Avec son regard clair et droit, Gabriel Arcand campe un Gaby bouleversant, un cow-boy résigné et fier, pour qui l’amour va bien au-delà de la réciprocité. L’amour est de l’ordre du don. Lorsqu’il sera en appartement de vieux, tout seul, Gaby ne se fait guère d’illusion sur les hypothétiques visites de ses filles. Elles venaient si peu quand il vivait dans sa grande et belle ferme, alors, dans un hospice… Mais cela ne change rien à sa décision. Son bonheur consiste à rendre ses filles heureuses.

Sébastien Pilote transpose ici, dans une ferme du Québec, la figure du Père Goriot. Il filme la nature comme un Paradis perdu, avec bienveillance et nostalgie. Les moutons, les grandes étendues, la lumière du soir, Gaby contemple tous ces trésors dont il doit se défaire, sans dévier de sa ligne. Les photos de ses deux filles sont encore plus précieuses pour lui. Autant le dire tout de suite : vous sortirez de ce film en larmes. Et pourtant, la sobriété, la retenue, imprègnent ce récit humaniste. Héros des temps modernes, Gaby compose avec la crise, avec les désillusions, bradant sans regret ses biens matériels pour donner tout l’amour qu’il peut donner.

Le film est magnifique, simple et bouleversant.

Le Démantèlement, de Sébastien Pilote, Québec, 112 minutes, avec Gabriel Arcand, Gilles Renaud, Lucie Laurier, Sophie Desmarais, Johanne-Marie Tremblay, Dominique Deluc. Sortie le 4 décembre 2013.

Visuels : © affiche, bande annonce et photos officielles du film

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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