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[Critique] « Joe Hill » de Bo Widerberg : un chant politique libre et inspiré

[Critique] « Joe Hill » de Bo Widerberg : un chant politique libre et inspiré

18 novembre 2015 | PAR Olivia Leboyer

En deux ans, au fil de cinq reprises, nous avons eu le temps de devenir fan de Bo Widerberg, cinéaste suédois des sixties et seventies, au style résolument libre et moderne (voir nos critiques de Elvira Madigan, du Péché Suédois, du Quartier du Corbeau). Joe Hill (Prix du Jury à Cannes en 1971), ballade sociale américaine pleine de panache, est particulièrement recommandé ces jours-ci : hymne à la liberté, aux valeurs de solidarité, au courage. Sorti aujourd’hui, ce film politique intelligent et sensible vous aidera à vous sentir un peu mieux.

[rating=5]

Quitte à se changer les idées, autant voir un film politique qui nous élève et nous bouleverse : véritable poème libre, Joe Hill déroule les pérégrinations d’un jeune immigré suédois devenu songwriter militant. Joe, c’est Thommy Berggren, l’acteur fétiche de Bo Widerberg, silhouette nonchalante et regard intense. En 1902, Joe et son frère Paul débarquent aux Etats-Unis et vont rapidement prendre la mesure de la misère sociale qui y règne. Joe rencontre un gamin des rues débrouillard, croit trouver le grand amour, voit son frère quitter la ville puis, à son tour, il prend la route.

Toute une moitié du film rayonne doucement, comme chez Kerouac : d’une rencontre à une autre, Joe vagabonde sans jamais trop s’attacher, hobo charmant, ouvert aux autres et à l’aventure. Seulement, à un moment, le déclic de la conscience politique opère et Joe se met à chanter des ballades engagées, impertinentes et galvanisantes (la musique du film est superbe, et l’on entend aussi Joan Baez). Joe fascine, attire et devient rapidement un symbole pour le syndicat révolutionnaire pacifiste Industrial Workers of the World. Mais Joe est trop libre et trop pur pour les groupes, quels qu’ils soient.

L’une des plus belles scènes du film nous montre Joe prenant aussi le temps de vivre : d’une élégance naturelle, le jeune homme se fait beau pour aller dans un grand restaurant, sans un sou en poche. Superbe, drôle et un peu cruelle, la séquence est marquante.

Paradoxalement, les chemins de traverse vont peu à peu dériver en chemin de croix. Joe Hill sera de plus en plus seul. L’amour ? Un rêve impossible, une déception bien cruelle. La solidarité ? Un idéal auquel Joe Hill croit avec ferveur, mais ses camarades ne possèdent pas tous le même courage politique.

Joe Hill, de Bo Widerberg, Suède, 1971, 1h57, avec Thommy Berggren, Anja Schmidt, Kelvin Malave, Evert A ndersson, Hasse Persson. Musique Stefan Grossmann, chansons Joan Baez. Sortie le 18 novembre 2015.

visuels: affiche et photo officielles du film.

[Interview] Rencontre avec les photographes Benoît Jeannet, Mathieu Bernard-Reymond et Benoît Vollmer, exposés à la galerie Eric Mouchet
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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

One thought on “[Critique] « Joe Hill » de Bo Widerberg : un chant politique libre et inspiré”

Commentaire(s)

  • Beauce

    On devait s’attendre à faire une belle découverte cinématographique. Las, à l’arrivée, déception.
    Le film n’est pas réellement mauvais, et même recèle quelques scènes intéressantes, mais c’est loin d’être le chef-d’œuvre oublié annoncé. le film manque de souffle et la forme en est convenue. Le personnage de Joe Hill qui nous est dépeint manque cruellement d’épaisseur et l’acteur qui l’incarne toujours rasé de frais et bien coiffé (Joe Hill est censé vivre une rude vie de vagabond et de prolétaire exploité) peine à incarner un Joe Hill censément rebel et subversif.
    Je conseille plutôt de revoir « les Raisins de la Colère », de relire « En un combat douteux » ou « Des Souris et des hommes », ou encore de réécouter, les yeux fermés, Joan Baez chantant « Joe Hill ».

    novembre 19, 2015 at 23 h 35 min

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