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[Critique] « Elvira Madigan », un film marquant de Bo Widerberg

[Critique] « Elvira Madigan », un film marquant de Bo Widerberg

02 février 2014 | PAR Olivia Leboyer

[rating=5]

Elvira madigan

En Suède, l’histoire d’amour tragique entre la funambule Elvira Madigan et le Comte Sixten Sparre, déserteur de l’armée, est entrée dans la légende. Bo Widerberg en a tiré un film sublime, irradiant de beauté. A redécouvrir d’urgence, sur grand écran, depuis le 29 janvier.

Elvira Madigan fait partie des films que l’on n’oublie pas. En 1889, le Comte Sixten Sparre (Thommy Berggren, acteur fétiche de Bo Widerberg et de Bergman) déserte l’armée suédoise pour partir avec une jeune et belle funambule (la sublime Pia Degermark, qui a reçu le Prix d’interprétation à Cannes pour ce film). Entre eux, il ne s’agit ni d’une petite aventure ni d’une passion aveugle, mais d’un amour véritable, évident et profond. En fuite, les deux amants se réfugient dans la forêt danoise. En pleine nature, l’idylle s’épanouit comme dans un rêve. Le temps semble merveilleusement aboli. Comme le dit Sixten, dans cet univers adamique, « les mots, récemment, ont perdu leur sens ». Nimbé d’une lumière quasiment irréelle, le film fait penser à une peinture impressionniste. Entre un délicieux pique-nique, des fous rires en cascade, des fraises à la crème, des siestes sous les arbres, l’amour fait plaisir à voir. Mais le bonheur éclatant, insolent, de Sixten et Hedvig (la jeune fille a repris son vrai prénom) est évidemment condamné.

Parenthèse enchantée, leur isolement ressemble de plus en plus à une fuite en avant. Dans une très belle scène, un jeune compagnon d’armes de Sixten parvient à le retrouver et tente de le convaincre de renoncer à sa chimère. D’autant qu’il a laissé derrière lui une femme et des enfants. Les arguments de l’ami sonnent juste, mais Sixten ne peut plus revenir dans le monde réel. Sa vision se serait-elle altérée ? Oui, bien sûr, répond-il simplement à son ami, c’est cela l’amour. A présent, un brin d’herbe possède plus de réalité et d’éclat que tout le monde alentour. Pour Hedvig, les choses sont également très simples : si elle a connu d’autres hommes auparavant, elle n’a aucun doute, Sixten est le bon. Aux yeux de la tenancière de la petite auberge, le couple rayonne littéralement, imposant le respect et l’admiration. Aux yeux de la société, c’est la réprobation qui l’emporte.

Au fil du récit, le temps rattrape Sixten et Hedvig. De manière très concrète, l’amenuisement du beau rêve se voit avec la diminution, inéluctable, du maigre stock de pièces de monnaie. Plus pragmatique que son amant, la toute jeune femme (Pia Dagermark avait alors seize ans) se livre à quelques tentatives pour gagner des sous. Son beau regard résolu se pose sur Sixten, qu’elle appelle à agir. Seulement, la seule issue possible est d’essence tragique.

Le dernier plan est d’une beauté et d’une force exceptionnelles.

Trois films de Bo Widerberg sont actuellement ressortis sur grand écran : Le Péché suédois (voir notre critique), Adalen 31 et Elvira Madigan. Ne les manquez pas !

Elvira Madigan, de Bo Widerberg, Suède, 1967, 91 minutes, couleur, , production Malavida, avec Pia Degermark et Thommy Berggren. Sortie le 29 janvier 2014.

visuels: affiche et photo officielles du film.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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