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[Critique] Imagine, de Andrzej Jakimowski : voir sans les yeux sous le soleil de Lisbonne

[Critique] Imagine, de Andrzej Jakimowski : voir sans les yeux sous le soleil de Lisbonne

23 octobre 2013 | PAR Yaël Hirsch

Le réalisateur polonais de Plisse les yeux (2003) Conte d’été polonais (2008) réunit un casting international à Lisbonne et propose avec Imagine un film à la fois poétique, tendre et profond, sur les regards, absents ou présents. Une petite perle qui ne doit pas passer inaperçue en salle ce mercredi 23 octobre 2013.

[rating=4.5]

Sous le soleil brûlant de Lisbonne, une clinique de malvoyants est bouleversée par l’arrivé d’un professeur hors du commun : Ian (Edward Hogg) est lui-même aveugle, mais se déplace sans canne et avec aisance par le biais d’une science qu’il tente d’enseigner, notamment aux plus jeunes pensionnaires de la clinique : l’orientation spatiale. Celle-ci consiste à utiliser odorat et audition (écholocation) pour se déplacer dans l’espace avec presque autant de facilité qu’une personne qui voit parfaitement. Mais l’éducation n’est pas sans danger et le « dehors » où tramways et voitures grondent, semble tout à fait menaçant. Si le chef de la clinique reste suspicieux, la belle voisine silencieuse de Ian, Eva (Alexandra Maria Lara) est la première à soutenir la pédagogie d’avant garde du jeune et sensuel professeur.

Dans l’ombre du blockbuster « Gravity » est sorti aujourd’hui, ne manquez pas ce film d’une infinie poésie sur l’éducation l’amour et le fait de trouver ses repères. Dans notre dossier « Handicap » nous notions combien nombreux étaient les films qui étaient sortis ces dernières années, témoignant d’un changement profond de notre perception  et altérité plus si étrangère. Ici, c’est avec infiniment de sensualité et de poésie qu’on s’identifie à la vie de toute une clinique de malvoyants. Même si les deux acteurs principaux sont, dans la vie, voyants, leur performance est sublime et leur sex appeal et leur rayonnement en tant que personnages qui luttent contre le handicap pour trouver leurs repères comme individus et comme couple permet de s’identifier immédiatement. s’ils ne sont pas acteurs, les enfants viennent de toute l’Europe; ils sont irrésistibles et qu’ils parlent toutes les langues  transforme la clinique en petit Babel où le monde entier se retrouverait en train de braver la fameuse canne blanche de la différence. Enfin, saturés de soleil et portés par la musique de Guillaume le Braz donnent au film une profonde sensualité qui fait que l’on en sort comme après un grand bain de mer en été : régénéré. A voir, donc.
Imagine, de Andrzej Jakimowski, avec Edward Hogg, Alexandra Maria Lara, Melchior Derouet, Pologne/ France/ Portugal, 2013, 102 min. Sortie le 23 octobre 2013.

http://www.youtube.com/watch?v=iWaQi2ySz9w

visuel: affiche et photo officielle du film

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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