Arts
Rétrospective Jane Evelyn Atwood à la MEP

Rétrospective Jane Evelyn Atwood à la MEP

29 juin 2011 | PAR Yaël Hirsch

Aujourd’hui s’ouvre la première rétrospective dédiée à la photographe américaine Jane Evelyn Atwood à la Maison Européenne de la photographie. En 200 clichés, celle-ci rend hommage à une artiste courageuse qui a a filmé dans l’intimité des prostituées, des aveugles, des femmes en prison, un homme entrain de mourir du Sida, des victimes anti-personnel, et Haïti en flammes au cours des années 2000. Un magnifique évènement qui permet de (re)découvrir ou redécouvrir une grande photographe de nos sociétés. Jusqu’au 25 septembre 2011.

La rétrospective dédiée à la photographe née à New-York et vivant à Paris depuis 1991, s’articule autour des six séries majeures de son œuvre. Dans les années 1970, elle commence sune série sur les enfants aveugles, où son objectif donne l’impression de voir à nu ceux qui ne peuvent pas voir. Puis au milieu des années 1970, l’artiste enquête sur les prostituées de la « Rue des Lombards » (dont le catalogue vient de paraître aux éditions Xavier Barral, 160 p., 45 euros). Elle les photographie dans des scènes nocturnes de rues, mais entre jusque dans leurs alcôves, lorsque leurs clients sont présents. Au milieu des années 1980, elle passe à la couleur et est la première à vivre avec un homme malade du Sida, Jean-Louis, qui accepte qu’elle le suive avec son objectif jusqu’à la mort. Les clichés feront la une de tous les grands magazines occidentaux. A partir de 1989, Jane Evelyn Atwood fait le tour du monde, des États-Unis à la Russie en passant par la France pour rencontrer des prisonnières de droit commun. Elle dépeint sans détour les conditions de vie très difficile et les humiliations subies par ces femmes, dont la majorité sont des prisonnières de droits commun, détenues pour des délits mineurs. Elle en suit également d’autres jusqu’au couloir de la mort dans certains états américains. Cette série de photo lui vaut le Grand Prix Paris Match du photojournalisme en 1990, et le livre qui en est tiré « Trop de peines, femmes en prison » reçoit le prix France info en 2000. Dans les années 1990, l’artiste continue à sillonner le monde, mais entre cette fois-ci dans des zones de conflits passées et présentes pour prendre des clichés témoins des victimes de mines-antipersonnelles. Enfin, depuis une quinzaine d’années, la phototographe garde son angle intime mais se spécialise dans le photo-journalisme, suit des soldats de Beyrouth au Tchad, et photographie le Haïti des années 2005 comme personne n’a su le faire avant elle. C’est d’ailleurs « Les Gonaïves, Haïti, 2055 » qui fait l’affiche de cette très grande exposition.

« Obsessionnelle », comme elle se définit elle-même, Jane Evelyn Atwood a eu le courage, toute sa vie d’entrer dans le quotidien de victimes ou de marginaux et de s’y glisser si totalement qu’elle a pu saisir ce qu’aucun autre n’a su voir. Au cours de l’exposition, on se dit à chaque pas qu’elle ne pourrait pas aller plus loin, et pourtant, chaque cliché monte d’un cran dans l’intimité malheureuse de son sujet. Des accouplements SM des prostituées et leurs clients, aux moignons victimes de mines en passant par la manière dont des couples emprisonnés s’embrassent à travers des grilles au parloir, Jane Evelyn Atwood saisit ses obsessions jusque sous la chair, pour livrer des clichés parfois insupportables de réalisme. D’aucuns trouveront ses œuvres trop impudiques, mais tous salueront la force de caractère d’une artiste qui a su vivre toute sa vie avec autant de douleur pour en rapporter un témoignage.

 

Site de l’artiste.

Visuels : copyright : Jane Evelyn Atwood

 

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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